mercredi 28 mai 2014

Chine: Lanzhou-Baotou



Sortir de Lanzhou s'avère plus facile que d'y enter. Des collines toutes sèches nous accueillent, picotées de trous 
à espacement réguliers prévus pour reboiser la zone. Pour l'instant, l'heure est aux travaux, la route n'est qu'un immense chantier, on construit des villes sur son tracé à tours de bras, usines, immeubles locatif, centres commerciaux, les gigantesques projets de développement de zones de loisir s'affichent en grand avec néons et feux d'artifice en arrière plan. La réalité est une alignée sans fin de maisonnettes plus ou moins délabrées, couvertes de la poussière en provenance continuelle de la chaussée,  l'on offre des services de mécanique et de restauration.



Dans les collines avant Zongwei

Enfin la civilisation laisse un peu de place à la nature, elle alterne entre champs cultiv
és par des paysans à bicyclette et des mamelons desséchés dans lesquels sont creusés des ouvertures. Anciennes habitations troglodytes, tombeaux ancestraux, bergeries à l'abandon? Depuis les points culminants, on aperçoit une mer de collines. Jusqu'à l'horizon, elles ondulent en grosses vagues qui semblent déferler sur nous, est-ce l'impression qu'on ressent perdus en mer, sans repère? Des champs éoliens d'une étendue sans précédant dressent leur innombrables mats, comme autant de voiliers aux voiles rigides, tourbillonnantes et vrombissantes dans le vent qu'on a dans le dos. Les surfaces plus planes servent à la plantation, ici, comme tout le long du parcours jusqu'à Baotou, elle se fait malheureusement sous plastique. Des kilomètres de film transparent recouvrent le sol, réverbèrant les rayons du soleil, ils accentuent les reflets de cette mer. Ceci permet d'économiser un peu d'eau et d'alléger le travail de désherbage. Mais quelle verdure pousserait-elle ici de toute manière? Ces champs ne sont que pierriers! Cette vision fait apparaître très clairement une phrase dans mon esprit: Le progrès recèle la déchéance: le gain comprend la perte; la réussite, l'échec; la solution, le problème. Heureusement cette phrase peut aussi, à la Marie Poppins, se lire à l'envers! Confrontée à nos découvertes chinoises, cette idée tournera dans ma tête comme une ritournelle jusqu'à Baotou.


Mer de plastique


Une grande descente nous mène à Zongwei. On perd 700 m de dénivelé d'un coup et gagnons encore quelques degrés celsius. Le soleil tape et nous n'y sommes pas habitués. Il faut dire que nous sommes passés de la neige des hauts plateaux tibétophones à la chaleur du Désert de Gobi. D'ailleurs la légende veut que les anciennes fortifications de la ville de Zongwei ne comprenaient pas de porte Nord. Parce que là, s'étendait le néant! Aujourd'hui, les bâtiments rutilant d'enseignes lumineuses longent des artères bordées de plates-bandes boisées et entretenues avec minuties. La modernité a emporté le charme d'antan, le rêve mystérieux du carvanserai salvateur sur la Route de la Soie.

La longue pause prise dans cette ville me permet (Léo) de communiquer régulièrement avec ma famille afin de nous soutenir dans le deuil que nous sommes entrain de vivre. Merci à vous tous pour vos messages, votre écoute et toutes vos attentions à mon égard. Cela n'efface pas la peine, c'est un soulagement de se sentir entour
é, moins seule, face à la souffrance. Merci particulièrement à Jean-Da qui est présent et vigilant à chaque instant, qui m'encadre et me rassure dans les moments de doute et de désespoir. Ma Grand-Mère était une personne irradiant d'Amour. Curieuse de chaque chose, accueillant toujours avec respect et bienveillance chaque personne, chaque idée, chaque situation, même celles dont les fondement lui échappaient. C'est un honneur que de poursuivre le voyage en prennent soin d'appliquer cet état d'esprit, dont elle nous a donné l'exemple, aux découvertes que notre route aura la chance de rencontrer. Tu nous montre la voie GM, encore, c'est toi qui nous guide...

Nous évoluons dans un paysage étrange, changeant, se composant parfois de hautes dunes de sable déposé là par le vent au sommet des collines, ou de l'autre côté du Fleuve Jaune que nous suivrons toujours de près ou de loin. Large de plusieurs centaines de mètres, il irrigue par miracle ces contrées inhospitalières. Nous ne roulons pas à proprement parler dans le Désert mais longeons sa frontière Sud. Le tracé est plutôt plat, ce qui nous autorise une progression rapide et sans trop d'effort quand le vent, omniprésent, décide de nous pousser dans le dos. Parfois, et en particulier aux alentours des berges du Fleuve, ce sont des cultures qui s'étendent entre les villages campagnards. Les charrues sont humaines, équines ou tirées par des tracteurs. On plante les jeunes pousses de riz, de blé, de  maïs et parfois de la vigne. Par l'intermédiaire des quelques paysans que l'on rencontre, on réalise le décalage de leur vie avec celle des citadins. Ils font partie de deux mondes qui ne semblent pas se connaître.



Village vert et collines sèches

Le plus souvent, on roule entourés d'une terre aride 
 ne poussent seulement que des touffes éparses de chiendent entêtés que quelques moutons broutent à l'orée des villages. Terre inerte semée de cailloux et de buissons desséchés depuis longtemps. Les collines se plissent toutes aussi nues, à gauche, à droite. On pense à la Turquie, à l'Iran... similitudes. On suit un grand axe et la route s'élagrit parfois jusqu'à 6 pistes. La poussière vole en permanence. Nous en sommes couverts et il faut toujours se protéger les voies respiratoires.
Parfois, de longues étendues basses sont recouvertes d'une couche de sel qui contraste avec les rizières inondées, elles se reflètent toutes deux également sous le soleil cuisant de l'après-midi. On s'offre des "pauses-pastèques" pour étancher notre soif. Parfois encore, ce sont des marais nauséabonds ou poussent des touffes d'herbes bien vertes ou nichent des échassiers et une variété d'oiseaux inconnus de nous. Le soir, aux abord des villages nous trouvons toujours un agréable coins, cachés par un bouquet de peupliers, abrité par un Temple Taoïste, au milieu de rien ou au bord de l'eau, pour établir le camp et passer des nuits de sommeil profond, fatigués que nous sommes par les longues étapes quotidiennes, baignées de soleil et de vent.

Campement près des collines arides


Parfois, ce sont de longues plats monotones, lassant. Ils ressemblent tantôt 
à la Camargue du Sud de la France, tantôt, à une Plaine de l'Orbe gigantesque. Souvent, ce sont des tronçons entiers plantés artificiellement de verdure, les campagnes gouvernementales de reboisement de ces zones ont pris une envergure inexprimable. Quantité d'ouvriers s'affairent tout autour pour aménager les sols, planter des arbres, dérouler des tuyaux d'irrigation et maintenir les lieux en  état. La lutte contre le Désert est permanente et demande une vigilance constante. C'est un travail sans fin, un travail de fourmis qui nous semblent parfois être réalisé avec des moyens techniques dérisoires. L'image de cette cantonnière balayant le sable accumulé sur la chaussée, dans le vent du Désert, en est l'illustration vivante. Ce qui parait assez évident, c'est que les moyens financiers permettent largement d'employer une main d'oeuvre illimitée. Ce qui nous interroge c'est le choix des essences plantées. En effet, les peupliers ont l'avantage d'arrêter le vent et donc de stopper le sable, l'empêchant ainsi d'aller coloniser les terres fertiles, mais ceux-ci, ainsi que les feuillus à développement rapide (saules...), sont de gros consommateurs d'eau et les kilomètres de tuyaux qui s'écoulent à leur pied, ne cessent d'étancher leur soif à longueur de journée. Toute cette eau qui finit au Désert nous questionne. Il semble qu'il y ait une lacune en ce qui concerne la planification long terme de projets de cette envergure. Des pépinières s'étendent sur des kilomètres de long de la route aux abords des villes.

Les villes sont encore une source d'intrigue. Quel contraste avec la vie rurale de la campagne! 
Les avenues sont gigantesques, tracées au cordeau à la Le Corbusier, lampadaires, fontaines aux carrefours, agents de police semblable à des playmobiles amovibles régulant le trafic, assistant les feux vert et rouge flambant neufs. Les voitures luxueuses se partagent un macadam parfaitement lisse avec les petits scooters électriques si populaires. On dirait que les villes chinoises se lancent des défis dans des joutes étranges, à qui sera la plus belle?
Elles semblent tout juste sortie de terre, les bâtiments sont une ode à la modernité. Pourtant, pour beaucoup, ils semblent inoccupés, tours de verre, bureau au chômage technique ou HLM à moitié bâtis, vides de locataires. Les façades sont rutilantes, les aménagements extérieurs, les portiques, les enseignes scintillent et les villes sont pleines de l'activité des passants. Mais c'est un monde sans âme. A travers nos yeux, ces villes n'ont ni queue ni tête, pas de passé, pas d'histoire, pas de raison d'être si ce n'est de regrouper des travailleurs et d'attirer des centres d'administration et de consommation à profusion. La Chine moderne décidément nous interroge.
L'exposition de la prospérité à tous les niveaux semble d'usage et source d'admiration. L'individu, l'entreprise et la nation ne se gênent pas pour montrer à autrui sa réussite, sa fortune et sa grandeur. Nous ressentions fortement l'application investie, dans ce pays, à montrer les choses sous un jour brillant. Parfois, c'est tellement probant qu'on a l'impression qu'on évolue dans un monde de façade. Les automobilistes roulent en grosses cylindrées, mais leur habileté à la conduite nous laisse songeurs. Auraient-ils investi plus d'argent dans leur carrosserie que de temps dans l'apprentissage du code de la route? Le livreur de Zongwei, le chauffeur de bus de Baotou et plusieurs camionneurs, pour qui pourtant conduire est un métier, sont de vrais chauffards! Les uniformes des postières dans leur office spacieux, sont superbement coupés et arborés avec distinction, mais on peine à nous fournir le service d'envois international et on ne sait pas apposer correctement le cachet sur les timbres. La vitrine du magasin de cycles est truffée des derniers modèles de vélos coûteux, mais on ne peut pas nous y vendre de visses et on nous dégotte de l'huile qu'après que nous ayons lourdement insisté. Les derniers étages d'un haut building de l'Université de Lanzhou proposent des offices privées et des classes spéciales afin d'attirer le top 5% des meilleurs étudiants du pays. Pourtant, les dortoirs standards ne comptent pas de douche et n'offrent pas d'eau potable. Interdiction de cuisiner (même sur sa propre petite plaque chauffante), vu le nombre d'élèves, cela risquerait de créer un court circuit dans le réseau de la ville... Ce ne sont que des exemples tirés de nos expériences et il ne faut pas en faire une généralité. Globalement, ce que l'on observe, c'est que le paquet est mis pour donner une bonne image.
Deux anecdotes pour illustrer cela. Le matin, alors qu'on parcours les rues des villes, il n'est pas rare de tomber sur jusqu'à plusieurs centaines d'employés, sagement en rang d'oignon entrain d'effectuer une chorégraphie synchronisée. Cela devrait renforcer l'esprit d'équipe et par la même occasion démonter aux clients potentiels combien les travailleurs de cette entreprise sont ordonnés, méticuleux et dévoués. A Lanzhou, un simple magasin de fringues (type H&M), va jusqu'à payer 5 femmes dont le travail est de se poster en tailleurs pastel cintré sur les marches du perron de l'établissement, et de s'incliner et récitant une formule (de politesse sans doute?) chaque fois qu'un client passe le seuil de la boutique.
Il faut dire le pendant positif de tout cela: Le pays est en pleine expansion économique. La Chine ressemble à un grand chantier peut-être, mais il y a du travail, il y a des business à faire, de l'argent à investir. Le niveau de vie d'un large pan de la population s'accroît, leur nouveau pouvoir d'achat les poussent à consommer et la machine prend un sacré coup d'élan! La Chine est l'un des pays au monde  le taux de croissance est le plus rapide et au vu des politiques d'ouverture des marchés aux investissements étrangers actuellement mises en place par le gouvernement central, cela n'est pas prêt de changer.

Lanzhou: Les étudiants doivent aller chercher l'eau bouillie (et donc consommable) dans le seul bâtiment du campus qui en met a disposition 


Ville de Linhe

Les villes ont aussi un terrain d'expérimentation pour nous. Nous y vivons toutes sortes d'expériences hilarantes, perturbantes, énervantes selon notre humeur, toujours déroutantes. Nous sommes des stars, tout le monde se retourne sur nous dans la rue, bouche-bée, suspendant leurs gestes ou leur conversation, sourire timide à la chinoise, signe le la main, on nous prend en photo à la sauvette, nous pointe du doigt (ça ne semble pas être mal polis par ici) et des "hellow" prononc
és presque en criant (les cordes vocales des chinois semblent être tendues un cran plus haut que la moyenne mondiale). Chacun de nos arrêts pour demander une direction provoque illico un attroupement. A Wuhai par exemple, alors que Jean-Da fait des couses dans un centre commercial géant, je devient le centre d'intérêt des clients. Il n'y a plus de distance de sécurité, ils s'agglutinent, brandissent leur téléphone portable devant mon nez. C'est embarrassant et oppressant, ce n'est pas la première fois et ça commence à me chauffer les oreilles sérieusement. Je décide de les imiter et sort mon appareil photo, mais cela ne disperse pas leur ardeur, de nouveaux passants s'approchent... Grrrr! Il me faut trouver un moyen de ne pas m'énerver. Je sort un bout de carton et y griffonne par dessin une explication: "Suisse-Chine à vélo, 1 Yuan la photo". Je ne me sens pas trop coupable, les citadins chinois ont du pouvoir d'achat, 1 Yuan correspond, en gros, au coup d'un snack (une saucisse hot dog plantée sur un bâtonnet) qu'ils s'offrent sans y prendre garde dans les nombreux stands de la rue. Une femme s'approche et traduit ma prose en chinois, "chié-chié" (merci). Je répond calmement aux questions qu'on m'adresse sur notre itinéraire, détendue par l'impression que nous sommes à présent dans un échange de bon procédé et ayant moins le sentiment de me faire extorquer mon identité. Et, vous ne devinerez pas quoi? Et bien en moins de 15 minutes, nous récoltons 35 Yuan, tout le monde est ravis et la colère a été bottée en touche!

Les bêtes de foire au super marché de Wuhai


Chaque fois que nous pénétrons dans l'un de ces temple de la consommation démesuré, c'est la même histoire, les vendeuses en poste à chaque rayon quittent leur travail, les clients cessent leur shopping. A nous deux, nous pourrions paralyser le fonctionnement d'un magasin pendant plusieurs heures. Le Géant Jaune devrait se méfier des Petits Suisses! On nous suit de rayon en rayon parfois en se cachant, parfois carrément sur nos talons. On nous observe intrigués. Et puis, quand on s'est habitu
é à notre présence et vérifié que nous étions bien inoffensifs, on s'approche et on nous demande de poser pour les photos d'usage, ensuite on se met à tripoter mes cheveux ou de mimer la barbe de Jean-Da en se frottant le menton. Impossible de prendre de l'essence (pour notre réchaud) aux stations service sans laisser un cliché souvenir. Et nos départs sont ponctués de pousse tendus. Enfin pas vraiment tendus, plutôt dépassant légèrement du poing  fermé au bout d'un avant-bras replie, tenus devant le buste. Une gestuelle exotique qui signifie BRAVO-EN AVANT!

Quelle popularité dans les grandes surfaces


Tout cela nous démontre à quel point la Chine est un pays fermé, replié sur lui-même mais aussi indépendant. Elle s'appuie sur ses propres ressources, produit son énergie, ses propres biens industriels et de consommation courante, ses propres divertissements (littérature, cinéma, musique, théâtre, programmes télévisuels...). Nos bouilles de Blanc Bec n'est pas monnaie courante et la différence interpelle. Partager avec les peuples que nous rencontrons, voil
à bien une chose qui fait partie de nos idéaux, tout semble parfait. Parfois cependant, nos vivons mal cet intérêt disproportionné que nous considérons sans gène, il arrive qu'on nous interpelle à tout bout de champs, sans tenir compte de ce que nous sommes entrain de faire, qu'on nous agrippe sans ménagement pour prendre une photo, qu'on nous tire les poils des avant-bras parce que les chinois n'en ont pas et que cela pose question, qu'on nous dévisage comme des animaux de cirques, et qu'on rigole sans retenue à notre passage comme si nous étions des créatures dénuées de psyché. Rire d'autrui ne semble pas être quelques choses de négatif, mais parfois à cause de nos propres références culturelles, on l'interprète comme de la moquerie et la tension monte.

Nos accoutrements aussi font tourner beaucoup de têtes, il faut dire que nous ne sommes pas vraiment à la pointe de la mode et ici le style, c'est FON-DA-MEN-TAL. Les chaussures en peau de yak que Jean-Da s'est offert dans les montagnes et mes T-shirts délavés provoquent des regards embarrassés, des grimasses de dégoût et de désapprobation. Pour notre part, nous avons aussi nos préjugés sur la tenue vestimentaire des autochtones, en particuliers des femmes. Dans notre pays d'origine, beaucoup d'entre elles ne détonneraient pas à la Route de Gen
ève. C'est effarant, les talons hauts et compensés sont la base du bon goût, ensuite les vêtements vont de la combinaison compliquée style grand couturier, ultra moulante avec mousseline et ruban noué dans le dos, à la mini-jupe fluo remontée sur les bas résille, un petit sac à main plein de brillant toujours porté du bout des doigts. Et cet accoutrement est porté peut importe l'activité qu'on est entrain de pratiquer: sur son lieu de travail par exemple, pour amener ses enfants à l'école ou faire ses courses. Ainsi, parfois en entrant dans les hôtels que nous fréquentons, on craint d'être tombé dans un bordel avant de se rappeler que cet habillement n'a rien d'étrange ici. Le summum du blues, c'est quand une femme en mini short, ses longs cheveux détachés, qu'elle ramène dans son dos par un mouvement de la tête très girly, est plantée au milieu d'un carrefour pour enfoncer dans une bouche d'égout des câbles électriques. C'est mon métier, et elle le pratique vêtue de cette manière, rien d'anormal.




Dans les cantines populaires ou les stands des march
és couverts, on découvre aussi la manière de manger à la chinoise. Avec des baguettes cela va de soi, et c'est assez agréable de réaliser que nous ne sommes pas totalement dénués de doigter dans ce domaine. Mais ce qui nous manque d'abord, c'est la vitesse de frappe. La nourriture semble devoir être avalée en un temps record, sans parler, sans pause, sans presque reprendre sa respiration. Ensuite, il nous manque le son. Oui, pour manger à la chinoise, il faut faire du bruit, aspirer la nourriture depuis les baguettes dans sa bouche puis mâcher bruyamment. On s'oublie parfois... De plus, nous n'avons pas la bonne posture. En effet, ce n'est pas la nourriture qui vient à la bouche mais celle-ci qui va à la nourriture. Il s'agit donc d'être courbé en deux sur son assiette. Il semble qu'il faille effectuer le moins de parcours possible avec les baguettes. En regardant ces scènes d'un peu plus loin, on a comme une impression d'animaux entrain de bâfrer, la tête enfoncée dans leur bol, aspirant à grand bruits et à toute vitesse. C'est curieux, ça nous fait rire et parfois aussi ça nous désoles pour ces couples qui ne semblent pas apprécier le moment partagé à table. Mais cela c'est une coutume typiquement Européenne, puisque dans une grande partie du monde, manger, semble servir à se nourrir et n'est pas vécu comme un moment de convivialité et de socialisation.

Stand à Hot Pot, Lanzhou


La Chine est grandiose en ce qui concerne les découvertes culinaires. Bien entendu, nous sommes rest
és assez prudents et ne nous ne sommes pas risqués à des choses trop exotiques style pattes de poulet, algues en sachet, oeufs noirs, poisson marinés, poulpes ou poissons entiers sous vide, gélatines et poudres diverses, et tout le reste dont on ne peut déterminer ni la forme, ni la consistance, et que nous avons d'instinct évité. Mais tout de même, c'est une belle aventures pour nos papilles gustatives. Notre met de prédilection reste les Chowei Meing, ces pâtes fraîches, faites minute en les effilant les bras écartes, servies dans une sauce piquante et agrémentée de légumes et viande. Il y a aussi les pâtes d'amidon, gluantes services avec de la sauce soja au sésame, les focaccia dont je raffole, les saucisses que Jean-Da apprécie bien quand elles n'ont pas trop le "goût de Chine" (une épice qu'ils mettent partout), les riz aux légumes, aux champignons, aigre-dou, pimentés ou parfumés de gingembre, la soupe aux oeufs, le bouillons de pâtes servis comme accompagnement dans les cantines. On goûte des melons ayant l'apparence extérieure de courgette, des gousses d'ail au vinaigre, des cuisses de poulets servis dans les stands de viande qu'on croise partout en ville (la viande est omniprésente dans les plats chinois), des bières locales, des glaces à la crème, une saveur qu'on ne croyait jamais pouvoir rencontrer dans ce pays, et celles au petits poids (oui, oui, c'est bon!). On grignote des douceurs frittes et torsadées, plein de petites graines différentes, oranges, vertes ou brunes, rondes ou en forme de haricot, nature ou grillées, parfois sucrées-salées, les différents pains, plus ou moins levés, plus ou moins frits et plus ou moins fourrés d'herbettes ou de pâtes de fuits. On découvre le Hot Pot, une spécialité nationale, sorte de fondue chinoise (tient, tient...) dans laquelle on plante les ingrédients choisis avant de s'attabler dans de longs frigos à l'entrée des restaurants, la soupe de tofu préparé de façon diverses et variées (boulette frites, feuilles pressées, lamelles fumées, frais, en filaments gluants ou presque émulsifié) et le lait de soja en poudre. Une fois même, nous nous sommes retrouvés par erreur dans une cantine qui ne servait que des tripes et Jean-Da a du avaler deux bols de boudin, poumons, rognons, et autre abats.... Dans les supermarchés, on s'approvisionne des populaires nouilles instantanées avec leur multiples sachets d'aromates à l'intérieur, de diverses biscuits et chips en tout genre (il y en a des rayonnages, les chinois doivent en être friands).  Bref, on s'amuse bien et ce n'est en tout cas pas en Chine qu'on risque de perdre du poids. Comment font d'ailleurs, la plupart des locaux, pour rester si minces?

Soupe de Tofu, santé Charly!
Sur la route, on croise aussi des villes d'importance plus restreintes. Elles logent toute une classe ouvrière qui rêve de s'enrichir en acceptant de travailler dans les usines des alentours et d'habiter une des ces cages à poule entassées les unes sur les autres constituant les tours HLM. Il y en a des dizaines, copies conformes les unes des autres. Ce que nous ne comprenons pas c'est que la Chine rencontre justement un problème de développement démographique et en particulier dans les villes. L'exode rural sature ces lieux de vie synonymes de prospérité et de réussite socio-économique. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'a été mise en place dans les années 1970, la politique de l'Enfant Unique, appliquée avec minuties dans les zones urbaines. Pourquoi, alors, autorise-t-on les agences immobilières à construire de telles cités. Dictat du business dirait-t-on... Beaucoup de ces logements sont encore vides mais  bientôt une nouvelle volée de paysans viendront renforcer les rangs des travailleurs dans les industries qui se développent et s'épandent dans l'univers plat et déserté à l'horizon, à l'infini.

Usine avant Qintongxia

Aux abords de Yinchuan par exemple l'une de ces cité industrielle fait froid dans le dos. La rue principale est en réalité un atelier mécanique géant. Les routiers profitent de cette halte pour réviser leur engin et fixer les casses. Des quartiers entier d'anciens logements ouvriers (style camps de travail des années 70, enserrés d'un mur de brique) sont à l'abandon, les baraquement tombent en ruine ou sont utilisés par les rejetés de la progression prolétarienne. La ville entière est plongée dans la suie émanant des industries toutes proche qui forment un décor apocalyptique de cheminées fumantes, de grues dressées, de tapis roulant couinant... Le vent fait voler la poussière sur la ville, l'atmosphère est blanche, tout est désolé, sale, puant, pollué, sombre, triste. La réussite sociale semble se payer cher par ici, elle s'affiche en grand sur les panneaux publicitaire, sous forme d'un 4X4 Lincoln étincelant. Le rêve de fortune ressemble à une vie de cauchemar.

La fin du monde, dans les alentours de Yinchuan



Presque chaque jour, nous rencontrons ces pôles industriels plantés au milieu du vide. Sur une moyenne de 83 kilomètres quotidien, il nous arrive de croiser jusqu'à 7 centrales nucléaire, la masse de leurs cheminées plombant le moral. Les raffineries brûlent leur gaz. Partout des pilonnes électriques dont les fils strient le ciel bleu, défigurent les collines. On croirait voir des montagnes nivelées, plates comme des tables, c'est en réalité l'amoncellement des déchets des industries d'extraction de minerais. L'eau, la terre, l'air, tout semble pollué, l'envergure du cataclysme est indescriptibles. Des milliers d'hectares? Des centaines de millier? Ce sont des millions d'hectares de notre planète qui nous sommes entrain de réduire à néant? Traverser ces contrées à vélo, n'est pas le meilleur conseil voyage que nous pourrions donner à nos amis découvreurs, c'est déprimant. D'un autre côté, il faut le voir pour le croire. Nos idéaux anti ou alter consommatoirs s'en retrouvent renforcés. Confrontés à cette réalité tangible, il n'est pas possible de ne pas s'interroger sur nos modes de vie et de chercher des alternatives, la situation devient urgente, SOS!


Les industries se succèdent


Dans les villages aussi on remarque que les choses sont en évolution. Les anciennes bâtisses en terre sont quasiment toutes à l'abandon. On a construit au bord de l'axe routier des maisons en béton sur deux étages. ce n'est pas plus spacieux, mais c'est surtout plus stylé. Cependant quand on sait que les températures dans cette région du monde oscillent entre +45 en été et -30 en hiver, on réalise rapidement que ce matériaux n'est pas adapte. Mais si l'on pense que sous peu, on sera en mesure de se payer une clime et le chauffage central alors bien sure c'est différent. Le problème, c'est que ce n'est presque jamais le cas et que donc ces logements sont eux aussi désertés, les rideaux de fer des échoppes attenantes sont deséperement baissés. Mais  est donc passée la population? On sait que le gouvernement peut en tout temps exproprie quiconque s'il décide que la place est utile à l'élargissement de la route ou à l'implantation d'un nouveau lotissement. Peut être est-ce que qui se passe dans ces villages fantômes?




Cette étape, nous aura menés de la Provence de Ganzu à la Mongolie Interieure en passant par celle de Ningxia. Au cours de celle-ci, nous auront dépassé la barre de 18'000 KM de Balade à Vélo et battu notre record kilométrique journalier. 124,14 km parcourus le 24 mai. Nous atteignons Baotou le 26 mai, jour Anniversaire de notre départ de Suisse. 2 Ans à la Découverte du Monde, déjà!
Merci à mes parents pour avoir organisé l'apero Anniversaire et aux membres de la famille et amis qui y étaient présents. Nous avons eu beaucoup de plaisir à Skyper avec vous tous!


1 commentaire:

  1. Merci pour partager votre beau récit, et continuer votre périple sur le chemin de la liberté passionné. . A bientôt chers amies

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