samedi 19 septembre 2015

Serbie: Bela Crkva - Belgrade - Novi Sad - Backa Palanka


Article publié par Léo:

Je suis dans le terminal des arrivées à l'aéroport de Belgrade, dans ma main une caméra vidéo. Immortaliser le débarquement de mon frère et de son amie me parait une bonne chose. L'avion est annoncé avec 15 minutes de retard, j'attends... depuis deux ans et demi. Impatience, émotions en cascades, nervosité, les dernières minutes sont toujours les plus lentes à passer. Le public s'amoncelle devant les portes coulissantes des sorties. Trop de monde, je range ma caméra, on n'y verra rien. C'était peu-être une mauvaise idée... vivre totalement l'instant présent. "Bonjour!" à quelques centimètres de mon visage, je sursaute, je panique, j'ai peur, je lève les yeux, ils sont là. On éclate de rire, je les prends aux creux de mes bras, longtemps. 

Ewa et Baptiste vont bien, ils racontent leur voyage: le voiturier sud-américain de l'aéroport de Genève qui semblait tout droit sorti d'un film d'Al Pacino. Le Duty Free qui vend de la fondue... et du Ricard, ils ont apporté des deux! Moi aussi déjà j'expose, en guise de bienvenue, quelques petites touches d'histoires vécues qui me font conclure que: La Serbie c'est Génial! Les autochtones sont plus que serviables, lors de mon entrée en ville, j'ai trouvé le logement loué par mon frère en quelques minutes grâce à la gentillesse d'un chauffeur de taxi, mettant à ma disposition ses plans des rues et m'orientant en décomptant le nombre de feux rouge à franchir. un vrais Papa-Poule. La bonne humeur règne en maître dans ce pays, même en ville, les passants en route pour le supermarché encouragent et saluent mon passage à vélo chargé.  "Vous allez adorer ce pays!" leur dis-je avec conviction. Et le soir même, mes prédictions se vérifient. Nos hôtes sont charmants. Loin de nous considérer comme de simples touristes de passage, ce que nous somme cependant, ils instiguent d'emblée un lien amical qui prendra de l'ampleur tout au long de notre séjour. Nous partagerons ensemble plusieurs apéros à la découverte des crus locaux, quelques repas improvisés, et des discussions passionnées à propos de l'histoire du pays.



Serbie, Beograd: Cours de notre apparemment


"Si je tombe en prenant ma douche, je finis au milieu du salon", plaisante Baptiste devant l'exiguïté de la "salle de bain". Mes convives suisses, n'ont pas l'habitude d'une salle d'eau si basique, ni d'un lit si étroit, d'escaliers si raides... Ils s'y adaptent cependant en un tour de main. Nicoleta et Dejan, nos hôtes, sont passionnés de bateau et cet appartement est agencé à l'image d'une cabine de navire. A trois, c'est un peu juste mais l'enthousiasme des retrouvailles fait oublier la restriction d'espace personnel.

On s'installe sur une terrasse heureusement ombragée pour un repas de retrouvailles dont je ne suis pas prête d'oublier la saveur gustative et l'intensité émotionnelle. Je déclare ici officiellement ma flamme indéfectible et mon allégeance absolue et éternelle pour la pizza! Ce met qui m'a fait défaut pendant tant de mois. Je m'en gave, m'en saoul, m'en imprègne jusqu'au plus profond des tripes. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vu, Ewa, Baptiste et moi, quelques petites mises à jours informationnelles sont nécessaires: les derniers examens en date, la course folle d'une préparation de Mémoire de fin d'études, les résultats de la saison de Rugby, un peu de tôle froissée sur les routes verglacées cet hiver, la famille d'Ewa dans sa Pologne natale, les projets professionnels, l'évolution du petit neveux, la forme des amis, l'aménagement artistique de l'appartement, les nouvelles peintures sur la bécane, l'organisation du quotidien... Je mange leurs mots, chacun d'eux me rapproche du réel de leur existence. C'est une redécouverte qui me rassure, dans laquelle je m'installe confortablement, creuse mon nid douillet. 


Serbie, Beograd: Repas de Bienveue
(Spéciale dédiasse à toute l'équipe qui essaie de me faire saliver depuis le Ciao-Ciao)


A mon tour je raconte l'arrivée en Srebie... sur les chapeau de roues. L'euphorie intense quand je pénètre dans les Balkans tant aimés. Une bière dans un café à Bela Krva pour fêter ça et parce que tant de modernité après la campagne roumaine, ça me perturbe. Pas de géant vers l'occidentalisation. Des groupes de femmes sur des terrasses, voilà qui était totalement inimaginable il y a peu. Ça m'enchante. Une deuxième bière. De la musique roc des années 90, les clients qui saluent les passants, il fait chaud et le ciel est bleu, je plane sur un petit nuage, une troisième mousse. L'homme de la table d'à coté me demande d'où je viens, une chose en entraînant un autre, je lui demande s'il connaît un coin sympa où poser ma tente ce soir (pas trop loin, je suis saoul). Près d'un des lacs tout proche se tient actuellement un festival de Bikers, peut-être accepteront-ils que je dorme là. A l'entrée d'une place herbeuse qui tient lieu de camping aux festivaliers, je demande. Bien entendu que je peux camper et il n'est pas question que je débourse un seul centime pour ça. Un peu intimidée, je cherche le coin le plus éloigné de la scène. Ça va swinguer ce soir. Pas le temps de planter une seule sardine, Zarko et Sladan, blouson de cuire et tatouages me sauvent littéralement dessus, me tendent une bière: "bois!". La tente n'aura jamais été plantée si vite (deux minutes grand maximum), ils m'entraînent déjà vers leur clan qui prend son repas sous la tonnelle. Au menu: Serbski Corba (soupe), poulet rôti, salade de choux et des kilomètres de pain frais. Le tout offert par les organisateurs, à volonté, c'est ça l'acceuil serbe!. Voila qui sied à un estomac de cyclo imbibé de bière qui plus est. Tous les membres veulent me payer la tournée. En douce, je redistribue les mousses. La fille de l'un d'eux vit à Bales. Je lui déclare ma flamme brûlante pour son pays d'origine, elle traduit, nouvelle tournée de bière pour la peine! Euphorie, bonne humeur, état d'esprit bon enfant, l'indescriptible folie balkanique. J'adore. 



Serbie, Bela Crka: La mousse du Lion (Lav) pour célébrer une arrivée heureuse!



Serbie, Bela Crka:  Ou comment débarquer comme une fleur dans un festival de Motards!


Un concours de lancer de pneu. Je m'insurge qu'aucune femme n'y participe. Alors il faut monter l'exemple. Le pneu atterri à quelques mètres de mes pied, c'est un échec cuisant. Peut-être que le commentateur rappelle à cette occasion pourquoi les femmes ne sont pas supposées prendre part à l'épreuve? Mais je n'y entends rien et les éclats de rires suscités sont plutôt jouasses et bienveillants. Plus tard, l'alcool aidant toujours, j'aurais à nouveau le malheur d'ouvrir mon grand clapet pour faire remarquer que le Rakie, boisson nationale s'il en faut, est pourtant absent de la fête. "Tu veux boire, tu vas boire!", on m'entraîne vers d'autres moustachus à gros bras tatoués qui me tendent un petit verre rempli d'un liquide ambré: "juveli!". La première gorgée me brûle littéralement l'oesophage, me décolle les poumons, fait faire des loopings à mon estomac et va piquer prestement le fond de mes intestins. De ma vie je n'ai jamais bu quelque chose d'aussi fort. Tout le monde s'esclaffe. Il faut finir son verre! Ici, on est pas chez les femmelettes! Je me le tiens pour dit et aurais l'occasion de m'en rappeler tout au long de la journée du lendemain car des remontées acides brûlerons mon tube digestif de la gorge au scutum. Je refuse qu'on me resserve...



Serbie, Bela Crka: Je ne connais (plus) personne... mais je me fais beaucoup d'amis!



Serbie, Bela Crka: Une inoubliable folle nuit 

La musique commence. Du roc serbe puis, plus tard dans la nuit, des reprises des années 70. On écoute depuis le camps où Zarko a la gentillesse de faire du café et d'offrir à la ronde du jus de fuit. On rit, on se tape sur l'épaule, on s'étale dans l'herbe, on baragouine par gestes et quelques mots d'allemand. Quel incroyable folie ces Balkans, une douce, merveilleuse et insouciante folie. 

Le lendemain, je fais un café à toute l'équipe pour les remercier de leur accueil, range le camps, puis m'éclipse, pédale quelques dizaines de kilomètres poussée par un vent puissant (dieux merci, il n'est pas contraire), puis tourne prestement le guidon vers le bas coté, plante ma tente et m'endore en début d'après-midi, comme assommée par un marteau géant. Ce n'est qu'à l'aube du lendemain que je refais surface l'esprit toujours embrouillé et les trais tirés, les entrailles toujours en vrac et le sourire, toujours jusqu'aux oreilles! Superbe entrée en matière. D'or et déjà, merci Serbie!



Serbie, Beograd: Assemblée Nationale


Mes invités et moi allons à la découverte de Belgrade, nous évitons le centre économique de Novo Beograd pour nous concentrer sur les vieux cartiers que nous arpentons à pied par une chaleur écrasante. La Suisse cet été, a fait face à la canicule, mais les mines de mes acolytes laissent croire qu'ils ne s'y sont pas habitués pour autant. Dans un superbe petit marché local, coloré des mille tintes des fruits et légumes offerts par des vendeurs campagnards, les tourtereaux se dégottent des chapeaux de pailles. Ces marchés sont l'occasion de goûter à un autre visage de la ville. Celui de sa vie quotidienne qui semble tranquille, languissante et sereine. Ewa et Baptiste dénotent touts les similitudes entre Beograd et Warsow qu'ils connaissent bien. Hôtel Moscou, Cathédrale Saint-Michel, Assemblée Nationale, Résidence de la Princesse Ljubica, Théâtre National, Palais Présidentiel, Monument de Vuk, Musée National... on trotte parmi les monuments d'architecture ancienne, humant la vie citadine dans cette paisible capitale qui compte pourtant plus de 1'300'000 habitants. 



Serbie, Beograd:Marché Zeleni Venac



Voulant faire découvrir les mystères du culte orthodoxe à mon frère, je l'entraîne vers l'église Saint-Marc, chou-blanc. Entre les deux hautes tours qui gardent l'entrée du monument, n'est accessible au public qu'une petite salle, semée d'icônes sous verre dont quelques fidèles viennent baiser la vitre. Dehors sous des couverts prévus à cet effet, on allume de longues et fines cierges couleur miel. Nous nous dirigeons alors vers l'église Saint Sava. Saint Sava étant le père de l'Église Orthodoxe serbe et le saint national, l'édifice qui lui est dédié doit être un haut lieu de culte, même échec. Sous un dôme central gigantesque, ne se trouve qu'un vase chantier. Le début de sa construction date pourtant de 1941, mais ayant été interrompu par les nombreuses guerres qui ont eu cours dans cette ville, elle n'a repris que récemment.



Serbie, Beograd: Place de la République, Théâtre National


C'est une semaine de vacances qu'on aménage pour qu'elle nous soit douce. On s'offre des glaces qu'on léchouille en arpentant les ruelles piétonnes pavées, on jette un oeil à une exposition de photos et de robots formés de pièces de carcasses de voiture sur la place de la République. On bois des bières dans les jardins-terrasses des quartiers excentrés, on écrit des cartes postales personnalisées qu'on fait imprimer tout spécialement pour les destinataires. On fait un peu de shopping. Les Grands (surnom donné à Ewa et Baptiste) s'achètent quelques vêtements, des souvenirs et des cadeaux, et me soutiennent dans mes recherches de matériel de cyclo-tourisme. On découvre les joies du tram, drôle d'engin un peu archaïque auquel nous ne sommes pas habitués. L'impression de voyager dans un autre siècle. Un homme saoul chante des vers religieux (Ewa comprend) et fait fuir les dames bien-comme-il-faut. Le parc autour de la gare s'improvise en camps de réfugiés. Des familles entières et beaucoup de jeunes hommes seuls vivent ici simplement sur la pelouse, sans infrastructure, ni soutien, en attendant de passer plus loin. Le rêve de l'Europe est à présent à portée de main.   



Serbie, Beograd: Quel Tram!


On profite du coin cuisine de noter appartement. Le matin, je m'enfuis à la boulangerie et en rapporte des spécialités qu'on dévore avec du café turque: bourek (pâte feuilletée farcie), gâteaux aux fruits rouge, bretzel aux graines de sésame, de courge ou au fromage... Pour le souper, les Grands me préparent une fondue suisse ou des salades de crudités. Puis on s'installe dans la cours et bavardons jusqu'à tard dans la nuit. Ewa raconte son enfance polonaise, les réalités de ce pays qui me sont alors étrangères, ses années d'étude, son épopée de jeune migrante en Suisse, l'apprentissage de la langue, les fin de mois pas toujours faciles... mais un rêve, un grand beau rêve d'indépendance qu'elle est entrain de réaliser en y investissant une énergie et une rigueur que j'admire profondément. Merci Ewa pour la confiance que tu me témoigne. Je t'ai connue si discrète. Je reçois ton récit tel un cadeau précieux. Baptiste dévoile sa nervosité, les résultats de son Travail de Bachelor sont pour bientôt. Je comprend son anxiété, je me souviens de l'année passée sur cet ouvrage. Il souhaite ardemment mettre à profit sur le terrain, les résultats de l'enquête qu'il a menée et des analyses qui en découlent. Ce serait trop bête qu'une telle masse de travail de recherche ne soit pas exploité. Je vois ses yeux qui pétillent, et ses mots qui s'accélèrent montrent son engouement, sa passion, son excitation, son attente fébrile. "Ne t'inquiètes pas trop Baptiste, crois-moi, ce qui doit arriver arrive. Toujours au bon moment et toujours pour une bonne raison. Je le sais maintenant, pas seulement de façon rationnelle, mais tout mon Être le sait. Je l'ai trop souvent expérimenté pour croire encore aux hasard ou à la chance".

C'est mon tour de raconter une histoire. Le jour avant d'arriver à Beograd, je suis, le long du Danube, une piste cyclable balisée, pas possible de s'égarer. Je d'égards pourtant. J'échoue dans un parc au bord de l'eau, planté de haut saules pleureurs. "Léo, si tu arrives ici, c'est que tu dois y être", me dis-je. Je m'assois à l'ombre et attends, les yeux mi-clos en observant les baigneurs, les promeneurs de chien, les enfants sur les balancoirs, les piétons promeneurs. Cinq minutes plus tard Darko m'interpelle, hésitant d'abord, fuyant, méfiant. Darko est perdu, seul face à sa mémoire des années de guerre, dès ses 19 ans il fut enrôlé de force. C'était ça ou la prison, alors que le fil de  Milošević fut envoyé en Russie, dans le cadre de ses études soit-disant. Pour tenir debout Drako a l'alcool et quelques copains d'infortune qui le protègent de lui-même, des ses accès de frustration, de lassitude, de déprime. Il a décidé de prendre soin de moi, un après-midi silencieux à faire de la mécanique. Le soir venu, je plante ma tente dans la cours se son taudis. Une seule pièce insalubre, pas d'eau courante. La maison s'appuie dangereusement sur le tronc d'un arbre. Il plaisante: "heureusement c'est le plus haut du quartier, le plus vieux, le plus solide". Drako est d'un tendresse infinie, d'une fragilité inquiétante, d'une dureté effrayante, généreux, fidèle et profondément perdu. Une bouteille de rakie tourne entre les convives assis sur des tas de bric à brac devant la maison. Les habitants du quartier saluent gaiement au passage, les vieux comme les jeunes, les demoiselles comme les veilles gitanes, celui là s'arrête pour tauper une clope, l'autre vient voir ma tente, un troisième apporte quelque fruits, on demande conseil et prend des nouvelles. Drako et sa bande, bien que marginaux, asociaux et absolument paumés, sont des membres à part entière de la communauté, respectés et appréciés.

Au réveil, il lui faut une bière pour ne pas trembler. Il veut me monter des photos. Celles des jours heureux de son enfance où on le voit en compagnie de ses camarades d'école et en vacances en Croatie avec son frère et ses grands-parents, s'intercalent entre celles montrant un jeune homme en habit kakis, une Kalashnikov ou un point américain à la main. Au fur et à mesure des clichés, le regard change, il devient d'abord sombre, puis dure, puis fermé, puis trouble, puis opaque, jusqu'à me plus être vraiment. Un visage sans regard... même sur les gros plan de ses yeux bleu, on a l'impression d'être face à un vide, un puits sans fond. Deux jeunes enfants blonds accroupis près d'un trottoir, deux frères jouant et surpris par l'objectif. Darko point son doit vers l'un: "mort", puis vers l'autre: "mort". "C'était mes cousins, ils habitaient en Croatie. Ils étaient dans l'armée adverse, maintenant ils sont morts". Silence, que dire, de l'eau salée frôle la commissure de ses lèvres: "On étaient jeunes, on ne savait pas à quoi s'attendre, la guerre c'était un concept, puis c'est des mois de bourrage de crane, puis c'est la réalité du terrain, la violence est permanente, l'inquiétude aussi, sous stress à longueur de jours, on devient sauvages. Je n'aime pas ma vie, j'ai tuer trop de gens. Je détende ma vie. Jiveli (santé)!".


Serbie, Pancevo: La routes est jalonnées de messagers!


Encore une fois je suis face à la réalité, crue, vraie, directe. La guerre de la télé, si elle est déjà atroce, c'est, je le répète, le "beau" coté de la chose. La guerre, c'est placer des êtres humains (civiles et soldats) en condition de survie permanente. En situation de conflit, quand la vie n'est plus qu'une question d'instinct, les pire horreurs deviennent banales. Les proies courent, les chasseurs tirent, chacun veut vivre et vivre signifie que d'autres doivent mourir. Est-ce que les séquelles d'une telle réalité sont cicatrisable? Les bars en lambeau de mon amis prouvent que non. Ceux qui ont survécu sont aussi morts. Merci Darko, merci de ton témoignage. Toi qui sait peut dire, doit dire. Voila la réalité et elle se passe à l'instant même, juste à un jet de pierre de ton pays, de ta maison, de ta vie si paisible. Tu n'es qu'un pion parmi tant d'autre sur l'échiquier mondial et pour certains, la vie humaine n'est un bien de consommation courant. Courage Darko, touche la Terre lentement, respire et touche la Terre lentement.

Oui, la vie nous amène toujours là ou on doit être. Parfois ce n'est pas agréable et l'épreuve est difficile, on comprend pas "pourquoi dois-je emprunte ce chemin tortueux?". La vie nous amène toujours là où on doit être! Maintenant je suis à Belgrade en compagne de mon frère et d'Ewa. Je ferme les yeux, je respire, je touche la Terre, me connecte à la magie de l'instant, je souris et je remercie.



Beograde c'est aussi le centre de l'éducation et des sciences du pays. Ewa est passionnée de littérature et des langues étrangères. Elle est bibliothécaire archiviste, l'une des meilleure du canton de Vaud! Tout au long du séjour, quand mon flair nous fait défaut ou quand Baptiste a perdu ses repères sur la carte,  elle  nous  guidera en déchiffrant les panneaux indicateurs et les écriteaux des rues grâce à ses connaissance en Cyrillique. Et dire que Baptiste aurait menacé de la laisser à l'aéroport, nous aurions été bien! Ewa, nous emmène donc à la découverte de la bibliothèque nationale. "Mais où sont passés les livres?".  Les salles de cet entre du savoir sont d'un silence de mort, sous un haut plafond digne d'une cathédrales. Les étudiants sont studieux, penchés sur leur polycopies attablés à de massifs bureaux de bois. Esthétiquement, c'est très beau. "Mais  où sont passés les livres?" demande Ewa à nouveau. Peut être ont-ils tous été informatisés et qu'on peut à présent les consulter on-line. Ewa trouve que ça manque de charme, la bibliothèque perd toute sa magie.



Serbie, Beograd: Bibliothèque Nationale


Baptiste a très envie de visiter la forteresse de Belgrade, située au bout du parc de Kalemegdan. C'est une veille dame, ses premiers remparts remontent au premier siècle après J. C., elle fut tour à tout un château byzantin, puis un castrum romain et ainsi de suite jusqu'à nos jour  où malheureusement la plupart de ses bâtiments sont réduit à néant. Les murailles en Vauban occupent un large territoire qui surplombe la confluence du Danube et de la Sava ce qui lui a conféré, de tout temps, une haute importance stratégique. Selon la légende, Attila serait enterrée sous ses fondations. Aujourd'hui, elle offre ses charmes à de belles terrasses d'où s'échappe de la musique "house" et un cadre idyllique pour mariages dans l'intimité de sa petite chapelle de Ruzica, au son de l'accordéon. A l'ombre de grands arbres, on s'assoit pour déguster des Cevapis, ces spécialités balkaniques, des pains plats farcis de viandes grillées et de crudités diverses. Fraîche première gorgée de bière: "Les gars, j'ai quelque chose à vous dire". J'avance avec des pincettes, car mon excitation est si forte que je ne voudrais pas risquer la désillusion. "Connaissez-vous la musique serbe?". Ma question surprend. Non, personne n'y connaît rien et moi pas grand chose non plus. Pourtant, j'ai entendu parler d'un festival. Musique folklorique, rythme entraînants et joyeux, le coeur et l'âme des Balkans... On écoute quelques morceaux sur Youtube, tout le monde est très enthousiastes. Je bondis de joie, cela fait plusieurs années que je suis tombée amoureuse de cette musique qui agit sur moi comme le meilleur des antidépresseur, une boule d'énergie à l'état pure qui fait voir la vie tout en rose. Mais comment s'y rendre? Guca c'est loin! Des bus y mènent mais nous serions alors dépendant des horaires et le trajet est interminable. Louer une voiture est aussi une option, mais il faudrait alors nous orienter par nous mêmes, conduire dans cette circulation à laquelle nous ne sommes pas habitués et surtout dormir sur place... car boire ou conduire...



Serbie, Beograd: Vue depuis la Forteresse, statue de la Victoire


Baptiste a travaillé plusieurs années pour l'armée suisse. Est-ce là qu'il a développé un sens aiguë de la stratégie? Une idée d'abord: "Et si on demandais à Nicolas, le fils de nos hôtes de nous conduire? On lui paie le trajet et ce n'est pas la plus désagréable des destination". De retour à l'appartement, Baptiste ouvre habilement les négociation "Nicolas, tu as déjà été à Gucia?". Dejan passe par là: "Je vais voir ce que je peux faire". Quelques minutes plus tard, nous discutons heure de départ et vêtements adéquats devant un apéritif improvisé aux saveurs importées: tommes de chèvres suisse, Ricard français mais fruits des bois local. Demain, nous allons à Gucia! Merci Baptiste!!!



Jour J, 0900, je suis au garde-à-vous dans la cours, excitée comme une puce. Quand Dejan descend armé d'une bouteille de Rakie! Je crois qu'il plaisante! "Quoi, on va à Guca! Faut bien commencer la journée!". Petite déj' à la balakani donc: Café-Rakie. Ewa clame qu'en Pologne, c'est pas tout à fait pareille, il faut d'abord manger quelque chose. On lui lance quelques regards malicieux, elle n'est pas bien convaincue elle-même!

L'alcool est délicieux, de l'abricot plein d'arômes et sucré. On embarque à 5 dans une fiat, on se serre, on démarre, on quitte la ville. Et on découvre non seulement les campagnes serbe, pleines de verts, de vallons, de monts et de villages rustiques, mais aussi la passion, que dis-je l'Amour inconditionnel de Dejan pour l'histoire de son pays. Pas un village traversé sans qu'il ne fasse un commentaire sur un lieu, un château, un monastère, une légende, un fait historique... 

Commençons par Belgrade, "ville blanche", à l'histoire mouvementée. Elle a été romaine, byzantine, hongroise, serbe, ottomane, yougoslave, puis serbe encore. C'est aussi l’une des plus anciennes cités d’Europe. Une première localité a été fondée au 3 ème siècle av. J.-C. par une tribu celte, puis une ville-forteresse conquise par les Romains. Lors de la division de l'Empire, Belgrade appartint au Royaume de Bysance. S'en suit une épopée historique que j'ai du mal à suivre vu mes lacunes dans le domaine. Une querelle Austro-hongroise, puis Ottomane, je crois. On attaque une première côte, Dejan poursuit : "La région que nous traversons en ce moment étaient totalement déserte avant l'envahissement ottoman. C'est seulement quand ils ont franchis les frontières Yougoslave que les populations se sont retranchées dans ces montagnes. Il a fallu s'y reprendre à deux fois pour les repousser définitivement. La première fois, ça s'est fait par la force. Ça a tenu quelque années. Puis il y a eu  une nouvelle conquête au 16 ème siècle. Le Roi a été trahi par l'un de ces alliés, qui lui a coupé la tète et qui l'a remise au Sultan Suliman le Grand. Ce même homme parvient à reprendre le pouvoir sur ces territoires mais par la tractation cette fois-ci. Ça a pris du temps." La routes monte et descend en lassets serrés, je plaisante en français afin de ne pas inquiéter notre ami-chauffeur: "C'est déjà pas évident à jeûn, qu'est-ce que ça va être ce soir, après Guca!?!". Tout le monde rigole sous cape. Dejan est imperturbable: "Pendant le socialisme, la pratique de la religion était interdite. En ville surtout, beaucoup d'églises ont été fermées, détruites. Dans les village personne ne contrôlait vraiment, mais il fallait quand même se cacher pour pratiquer les rites usuels. Par exemple, chaque famille serbe a un saint attitré. C'est une spécificité de la foie orthodoxe serbe, y'a que chez nous que ça existe ça! Et le jour de ce saint, le pope vient à la maison et fait tout un tas de rituels. On pouvait pas faire ça ouvertement bien entendu. Vous voyez cette vallée là-bas? Elle est pleine de monastères, des vieux, mais comme ils sont assez innaccessibles et cachés dans la montagnes, on ne les a pas détruits". C'est quoi la foi orthodoxe Dejan? "C'est l'Amour, la tolérance et l'ouverture, mais avant tout le pur Amour!". On vient de dépasser le village natal de Emir Kusturica qui soit dit en passant aurait renoncé à la foie islamique pour se convertir à l'orthodoxie (mais c'est un original, sans doute un coup de pub):  "Plus loin, droit au Sud, c'est le Kosovo. Nous autres serbes, on peut pas reconnaître le Kosovo comme un pays à part entière, même si de fait, c'en est un! Le Kosovo, c'est le berceau de la Serbie, comment voir ce territoire comme un autre pays? Aujourd'hui la Srebie est dirigée par une assemblée parlementaire. Il y a toujours un descendant royal, mais c'est un titre honorifique et il ne s'occupe pas de politique. Il vit à l'étranger la plupart du temps".


On arrive, le trajet n'a pas été ennuyeux avec Dejan comme guide. Je suis impatiente. Le paisible village de Guca est transformé pour l'occasion en vaste terrain de camping. Les habitant louent leur terre ou leur chambre aux festivaliers. Il est midi, est les rues sont encore calmes, partout des stands proposant des souvenirs et autres bibelots de foires. Des cantines, des restaurants et des bars occupent toute la longueur des rues de la minuscule bourgade. Partout déjà de la musique, sous les tentes de restaurants, dans les stands... Et il y a surtout, les fanfares ambulantes dont les membres, comme il se doit, plein d'énergie, soufflent comme des fous dans leurs trompettes, clarinettes, bassons... Les visages sont basanés. Les musiciens sont Gypsies, et ici, à Guca, ils déploient tous les talents qui ont rendu leur clan célèbre dans le monde entier. Je souris, cette musique m'inspire, elle éveille en moi quelques chose qui m'est pourtant étranger. Je me sens transportée, je vibre avec elle, elle me donne envie de bouger, danser. Elle emporte mon coeur, mes pieds, ma tété vers un territoire d'abandon total. Elle déclenche en moi la spontanéité, et m'énergise. L'impression d'avaler une pille. On s'installe dans une cantine. Il est encore tôt, pas l'heure de se laisser totalement aller à la folie du son. Dejan nous propose de goûter aux spécialités locales, de la viande bouillie longuement dans de grosses  amphores de terres simplement posées sur des brasiers, cuite avec du chou. C'est fondant et savoureux. Des méchouis de porc tournent sur les braises, c'est l'abondance. On recommande une tournée de bières Jelen. Une fanfare vient jouer pour notre table, mais comme nous sommes novices, l'argent que nous glissons dans les becs des instruments n'est pas suffisant. On leur signale ainsi qu'ils doivent aller voir ailleurs.


Serbie, Guca: Un repas en fanfare!


On a chaud et Dejan veut absolument nous mener à la rivière Moravica pour un bain rafraîchissant à Ivanjica. En voiture, un peu plus de route secondaire tortueuses, un teste avant que la fête ne commence vraiment. Est-ce que nos estomacs peuvent tenir le choc? Dejan s'arrête demande son chemin. Un vieux pécheur indique la plage: "C'est tranquille là bas, pas trop de monde. Vous allez goûter au Rakie." Mais si c'est si sauvage que ça, il n'y a pas de restaurant... "Non, je parle de mon Rakie maison, je vous en apporte!". Et voila comment il est naturel d'accueillir des visiteurs en Serbie. On saute à l'eau. Après un séjour prolongé en Asie, les bikinis et la décontraction des femmes me choc, puis m'enchante. C'est simple, pas de malentendu ni de sous-entendu. Il fait frais sous l'ombre des grands arbres de la presque-île. Le Rakie est fort et glacé, le soleil ne mort plus, il réchauffe le silence de la plage de galets. La voix du vieux pêcheur pipelette berce ce moment paisible. On est secs, c'est reparti!



Serbie:Riviere Moravica, un beau rafraîchissement!


Retour à Gucia, changement de décor: pour comprendre de quoi je parle, clique sur ce lien YouTube: 





(Chanson qui tient à coeur à Ewa.  Goran Bregovic fameux artiste serbe en duo avec Kayah, chanteuse polonaise. Concert d'ouverture du festival de Guca 2015:




(Film a voir aussi:  Gucha, la trompette d'or (2006) du  réalisateur serbe Dušan Milić) 



Serbie, Guca: Folie dans la Rue!

Gucia est le plus connu des festivals populaires en Serbie. L'instrument emblématique de ce pays est la trompette. Ici, dans la région Dragacevo, on en joue avidement, avec art. Tout a commencé par la création d'un orchestre militaire en 1831. Le premier rassemblement des joueurs de trompettes de Dragacevo a eu lieu en octobre 1961 dans le jardin d’église de Saint-Michel et Gabriel à Guca. Une petite rencontre entre artistes et initiés organisée par la municipalité. Mais la magie de la musique fait son oeuvre. Peu à peu l'événement prend de l'ampleur. Aujourd'hui, les sons sont devenus plus modernes, mais toujours liées aux mélodies traditionnelles. Les orchestres internationaux qui s'affrontent pour la compétition officielle sur une scène au centre du village, dignes de virtuoses, nous en donne un exemple probant. Les bandes des rues ne sont pas moins douées. Ces musiciens autodidactes jouent souvent à l'oreille et plusieurs groupes entonnent spontanément les mêmes mélodies avec une énergie et une puissance qui ne peut qu'entraîner toujours un peu plus loin les festivaliers qui danser, tombent la chemise, recommandent à boire, paient allègrement les musiciens, crient de joie. Du cotés de musiciens comme des spectateurs c'est le coeur et l'âme qui parlent!



Serbie, Guca: Concert de Marko Markovic


Devant la statue du Trompettiste, des groupes de jeunes se sont formés, ils brandissent fièrement le drapeau serbe, entonnant des chants dont je ne suis pas sure de vouloir connaître les paroles. Oui, le festival de trompette de Guca est définitivement un symbole national fort: malgré les guerres, les régimes politiques, les difficultés quotidiennes... depuis 43 ans, chaque année, cette bourgade campagnarde entourée de forets, est le théâtre du rassemblement qui attire des artistes du monde entier. Y'a de quoi être fiers! Cependant, tout cela reste bon-enfant. L'ambiance est à la fête et le nationalisme n'entache pas la bonne humeur. Des touristes étrangers  prennent les jeunes en photos, ils posent fièrement, redouble de vigueur, agitent leurs fanions. Certains touristes les rejoignent dans un délire éthylique. La musique est au dessus des nations, l'ultime but vers lequel l'âme entière tend. 


Dans le stade, le concert commence. Boban et Marko Markovic sont sur scène. Père et fils mettent le feu à la pelouse. Des drapeaux de différentes nations de l'Est virevoltent sur la foule qui s'agite. Après m'être totalement laissée allée à la vibration de la musique, je m'essaie à la danse en cercle caractéristique de sud de Serbie: le « cocek danse », parvient presque à suivre les locaux qui s'abandonnent si fluidement et naturellement à cet exercice. La  population locale se mélange aux étrangers dont beaucoup de francophones. Tout le monde est enthousiaste, des vendeuses de Rakie en habit traditionnel passent dans la foule qui s'amasse pour désaltérer et électrifier le gosier de ceux qui croient encore avoir soif. Pour ma part, je suis (déjà ou encore?) ivre, heureuse, loin des réalités, totalement à l'intérieur du son, chaud, entraînant, envoûtant, décadent, puissant, sensuel. Je plane.



Serbie, Guca: Just danse, jusqu'au bout de la Nuit!



Retour au son des trompettes, un CD dans le magnétophone qui ne parvient pourtant pas à nous grader éveillés. Dejan seul veille au volant. Merci à toi, Dejan de nous avoir offert ce moment d'euphorie, de magie, de découverte. Avant de se coucher, on fini ensemble dans la cours de l'appartement, le fond du Rakie offert au matin par notre hôte. Une belle façon de conclure cette parenthèse irréelle, de marquer notre reconnaissance à cet homme au grand coeur, généraux et paternel.



Après une journée (minimum syndical!!!) de récupération nécessaire, nous voila à nouveau d'attaque pour l'exploration d'une Belgrade culturelle. Nous nous rendons au Musée d'Histoire de l'Ex-Yougoslavie. Nous nous attendons à des panneaux explicatifs détaillant les traités d'alliance entre les pays balkaniques, des éclaircissements quant aux désaccords entraînant l'éclatement yougoslave, des précisions chronologiques à propos des guerres multiples qui en découlent jusqu'à l'exposition de la situation actuelle, voire les projections de l'assimilation à l'Union Européenne des différents pays de la région. Au lieu de ça, des oeuvres d'art marquées de légendes minimalistes offrent une approche moins terre à terre. C'est troublant tout d'abord et il faut accepter de se livrer au jeu, se laisser aller à la découverte de cette galerie d'art, observer ses réactions devant ces sculptures, gravures, photographies, peintures représentant des soldats de la résistances, des colonnes de blessés dans les neiges hivernales, des pont fracturés, des corps mutilés sortant des camps, des réfugiers lancés sur les routes, des fils barbelés pour tout horizon. Une autre forme d'instruction qui dévoile aussi quelques chose de la culture balkanique, sa finesse, sa subtilité, sa sensibilité, sa susceptibilité, son orgueil, sa tendresse, son humour, sa créativité...



Serbie, Beograd: Au cotés de Tito



A la Maison des Fleurs, la Tombe du Marechal Josip Broz Tito. Malheureusement le film (assez lamentable) dédié à sa gloire qui y est projeté ne nous apprend pas que des l'entre-deux- guerre, cette homme politique s'engage au sein du Parti Communiste yougoslave clandestin dont il prend la tête en 1930. Militaire de carrière, il devient chef de la résistance communiste en Yougoslavie. Après quatre ans de conflit, il triomphe et  réunifie la Yougoslavie qui avait été démembrée à la suite de l'invasion de 1941. Celle-ci restera unifiée sous son regne imposant un socialisme d'état jusqu'à sa mort en 1980 à Lubjiana (Slovenie). Tito est particulièrement connu pour sa politique de "non-alignement" au cours de la Guerre Froide, il est à l'origine de cette démarche qu'a séduite de nombreux pays à travers le monde. Grâce à elle, durant sa carrière politique, la Yougoslavie, à l'abri du conflit mondial en cours, s'est developpée économiquement, socialement, culturellement, artistiquement...  Sur les routes balkaniques, je recueille de nombreux témoignages de locaux affirmant regreter ce temps de paix entre les nations yougoslaves, d'union, de justice sociale, de droit civiques (bâton du relais) et de protection des travailleurs. Aujourd'hui sa femme a rejoint Tito dans sa dernière demeure, leur stèle de marbre blanc occupe l'espace central sous la coupole de verre de la serre qui était aussi son bureau. 

Quand nous allons au restaurant, c'est toujours Ewa et Baptiste qui paient, ils me materne comme une enfant et je n'ai qu'à me laisser faire passive et souriante. Décidement, on me gâte de toutes parts dans cette famille. Alors c'est moi qui invite pour le dessert dans une confiserie du quartier, des macarons ou des biscuits artisanaux à la boulangerie d'à coté, une entrée au musée... J'ai bien du mal à faire la balance, je suis une petite princesse en vacances. Merci les Grands vous m'avez offert un séjour merveilleux, dont votre présence fut le plus beau cadeau!



7 jours déjà ont passé, ils faut boucler les valises, trop lourdes pour le check-in sans doute, il va falloir improviser. Nicoleas, nous amène à l'aéroport. Comme il y a 7 jours, je prends mon frère et Ewa dans mes bras. Dans un peu plus de 3 mois, je serais de retour en Suisse. Pour se rassurer et cacher nos émotions, ont dit que c'est pas long en comparaison des deux années et demi qui se sont écoulées depuis la derniere fois que nous nous sommes vus. Je me détourne, fais quelques pas, hésite, fais d'autres pas. Il faut les laisser partir, je me sens triste et fatiguée, vide et sans énergie, inutile tout à coup. Ciao petit frère, ciao Ewa, bon voyage, prenez soin de vous! N'oubliez pas que quoi qu'il arrive, il y a une étincelle quelques par sur terre qui vous admire et vous aime. L'Energie tourne et elle ne connaît pas les frontières. De retour à l'appartement, je m'enferme dans le noir et remplis le vide d'activités lobotomisantes. La honte s'ajoute à la mélancolie. Parfois affronter la réalité telle qu'elle est, c'est au dessus de nos forces. Il me faut du repos après cette semaine intense, d'activités, de fête et d'émotions. Un jour complet dans la pénombre de l'appartement, sans voir personne. Puis un autre jour. Nicoleta et Dejan me ramènent à la vie, on prend le café ensemble, je vais faire un tour en ville, puis on passe une soirée plein de chaleur, à rêver, à ressasser nos idéaux, nos projets... On vide des fonds de bouteilles, je goûte aux spécialités maison assise à la table de la cuisine comme si j'appartenais à ce foyer. Merci à toute la famille, votre gentillesse, votre spontanéité et votre profonde humanité. C'est un sacré cadeau que vous offrez à vos invités" Chez vous on se sent "comme à la maison". Merci! La vie reprend le dessus. Demain je repars le long du Danube. 

La voie cyclable "trans-Europe 6 de l'Atlantique à la Mer Noir" longe le fleuve. Sortir de la ville est un jeu d'enfant. Je suis les berges jusqu'à Zemun où la petite soeur de la Forteresse de Belgrade se dresse sur l'eau. Les rues pavées, montantes, de l'ancien bourg restreignent la vitesse. La chaleur est écrasante, l'insolation me guette. La campagne est verte et or dans toutes les déclinaisons possibles. A droite des collines striées d'étroits champs. Chaque bande d'un ton diffèrent, un arc-en-ciel sur terre, c'est superbe. Les touresols sont prêts à être récoltés, les blés ont été fauchés déjà. Quelques bottes cylindriques attendent d'être ramassées, le mais est jauni. Un festin de melon et de l'eau de source peu avant d'atteindre Sremsko Karlovci. Des rues pavées entourées de monuments anciens, un palais, des églises. Sur la place des tas de cyclos. On fait connaissance, retrace nos parcours, échangent nos impression. Après Budapest, il parait qu'on peut croiser jusqu'à 300 cyclo-touristes par jour, sur ce tracé. Ça me fait peur. Ma liberté qui s'industrialise. Ce n'est sans doute pas un hasard si hier j'ai pris la décision d'éviter la Hongrie et d'avancer droit sur la Croatie.




Serbie: Un arc-en-ciel sur terre dans la région de Novi Sad



Serbie:  Route 6, de l'Atlantique à la Merci Noire. Passage obligé des Cyclo-touristes


Au matin, la veille femme de la maison d'à coté me fait signe. "Kaffa" me dit-elle en faisant le signe de boire. "Da, Moje, Huala". Elle m'installe sur une chaise à l'ombre d'une vigne vierge. Pour faire la causette je l'interroge sur ses chaussettes en laine et ses arbres fruitiers. Je me fais avoir comme un bleu! Impossible de quitter les lieux sans un plein panier de figues et de pruneau. Heureusement j'arrive à argumenter qu'il fait vraiment trop chaud pour des lainages! Des larmes sur les joues, je rejoint la troisième forteresse gardant le Danube, celle de Novi Sad, semblable à ces deux soeurs postées un peu plus loin sur le fleuve. Encore quelques kilomètres et ce sera la frontière. 

samedi 29 août 2015

Roumanie: Bucharest - Naidas


Article publié par Léo:

La carton du cycle apparaît sur le tapis roulant dans un état de délabrement avance. C'est la première fois du voyage qu'on aura fouillé mes bagages! Je charge le tout sur un chariot et me dirige vers la sortie, au dessus de la foule, un panneau "LEO" émerge, en dessous le visage de mon père. Ses yeux d'abord, clairs, nets, pesants. Il s'assure en une fraction de seconde que je vais bien. Je lui souris, lui adresse un salut, avance tout droit suivant les autres passagers qui s'évaporent par enchantement, il n'y a plus qu'une fée au bout de ce tunnel: ma mère. Je vais bien, bon voyage, oui le carton est dans un sale état, laissons ça sur le coté et buvons un pot à nos retrouvailles. Je raconte, je raconte, deux jours de trajet, y'a de quoi. Eux aussi vont bien, ils sont déjà installés dans un hôtel que nous rejoignons en bus. Gare du Nord et transport à pied de ce carton volumineux sur plus d'un kilomètre. Ma mère n'a rien perdu de sa volonté de fer et de sa force. Mon père est prudent, il préserve son dos qui l'a fait énormément souffrir dernièrement. Il ne le lâchera pas de tout le séjour, ça valait la peine de faire attention. L'hôtel est hallucinant, mes parents ont vu grand... très. Ils voulaient me faire plaisir et c'est réussi. 140m2 dans un appartement luxueux au sommet d'une tour, une baie vitrée couvre tout le salon. Elle offre ses vues sur la ville qui m'ont rien à envier aux bureaux d'hommes d'affaire fortunés de Manathan. Deux chambres, deux salles de bain, deux balcons, une cuisine agencée, un espace détente avec canapé et écran plat, un espace repas pour nos soupers en famille, une machine à laver le linge, une baignoire à bulles (oui, une baignoire à bulles!!!). Et ce n'est pas tout, le buffet "breakfast" est impossible à décrire tant il est copieux, bien présenté et succulent: viandes froides et chaudes, oeufs sous toutes leurs formes, pains et confitures divers, viennoiseries multiples, fruits, légumes, céréales, graines, olives, yogourts, cafés, cacaos, thés, jus de fruit, lait... Tous les matins, je me goinfre, me régale, souhaite avoir quatre estomacs, c'est bon, c'est beau. c'est génial! On s'installe sur la terrasse avec vue directe sur le Palais du Parlement, les dames de services sont aux petits soins. Quel luxe et ça continue!!! Au sous sol, un espace wellness, une piscine, une salle de sport. Je resterais bien ici un mois entier à profiter de cette abondance, de ce service, de cette bulle de bien être... On en a peu le temps en réalité car celui qui nous est donné de passer ensemble, nous l'occupons a visiter, fêter, profiter de nos présences réciproques. Et il passe vite!


BONJOUR!!!



BONJOUR!!!

Bucharest est une ville charmante, son centre historique m'inspire, ça fait un bail que je n'ai pas foulé du pied les pavés d'une capitale européenne. Un air de Dolce Vitra plane dans les rues, les touristes se mêlent aux habitant sur les terrasse des innombrables cafés et restaurants, on boit une mousse, puis deux, de la musique, des rires, des discussions, des attitudes relaxes, du soleil qui brûle pas, des voitures qui ne klaxonnent pas en permanence, un air respirable, des passants qui prennent des photos, observent les monuments historique qui foisonnent partout et les maisons typiques des grandes villes de notre bon vieux continent. Je suis aux anges, détendue, dans mon élément, personne n'empiète mon Espace-Temps, que c'est agréable! On achète des cartes postales qu'on rédige en buvant du vin rouge, on s'offre un tour en bus touristique et en bateau, on mange des bretzels dans les parcs des églises orthodoxes qu'on trouve à chaque coin de rue, on admire les paons du parc... On joue les parfaits touristes. On se raconte des histoires, on s'écoute, on rit beaucoup, c'est les vacances!


Roumanie, Bucharest: Veille ville

Le Palais du Peuple a été construit à l'initiative de Ceaușescu qui validait chaque projet architectural, rien n'était entrepris sans son accord, tout devais correspondre  à ses attentes. Pourtant, il n'exercera jamais en ces lieux, car à sa chute le bâtiment n'est point encore achevé! Ceausescu choisit aussi l'emplacement de la construction titanesque de style  néo-classique. Il jette son dévolu sur une colline au coeur de la veille ville, cette place devant être la moins vulnérable aux tremblements de terre. Il en fait donc raser plusieurs quartiers. Les travaux débutent en 1984, C'est l'un des bâtiments les plus grand au monde et aussi l'un des plus lourd. Sa superficie de 350 000 m2 (surface habitable!) est entretenue tant bien que mal par quelques 200 membres du personnel. Son fonctionnement coûte un bras et si c'est le siège du Parlement Roumain, il abrite aussi des studios de télévision. Beaucoup de salles ne sont cependant pas régulièrement utilisées et il est possible de les louer pour les congres, des conférences, des foires, des concerts, des expositions et des réceptions. Avis aux amateurs, la plus grande a 16m sous plafond, qu'il vaudrait  mieux ne pas faire trembler car y est attaché un lustre d'une envergure phénoménale en cristal roumain, comme c'est le cas de la plupart des matériaux utilisés dans ce bâtiment. Le chef de l'état communiste entendait  démontrer la puissance et les capacités de production et d'autonomie de son pays au travers de ce building, tout autant que les prouesses architecturales, et technique de ses ingénieurs et bâtisseurs nationaux. Tout est splendide, démesuré, surprenant, sophistiqué: tapis, marbrures, brisures, sculptures d'ornement, marqueterie, rideaux, peintures, système central de chauffage et d'aération... Le palais est un hymne au savoir-faire roumain. Contrairement à cette époque là, ce tour de force n'est plus une priorité aujourd'hui. Le bâtiment n'est toujours pas achevé après près de 30 ans de travaux. Il a même faillit être détruit à la chute du régime, mais cela aurait coûté plus cher que les millions consacrés sa construction. Aujourd'hui encore, l'une de ses aile est en travaux



Roumanie, Buchurest: Parlement, "La Maison du Peuple".


13 juillet, mon père fête son anniversaire. 60 prétextes de célébrer, on s'en prive pas. On s'installe sur la terrasse d'un restaurant soit-disant français et dégustons un cru blanc en apéritif. Je mitraille mes parents, voulant retenir ces instants, leur sourire, leurs yeux qui pétillent. Toutes leur attitude treillissent la joie, on se retrouve, on est enveloppé dans une sorte de bulle de bonheur léger, la communications passe 5 sur 5. Ils acceptent d'écouter encore en encore mes jérémiades concernant les difficultés bornéaises, ils me racontent sans se lasser leur quotidiens, leurs projets, leurs regrets, leurs points de vue. On se met mutuellement à nu, on en a le courage, on se sent assez en confiance pour cela. Les jugements de valeurs n'ont plus cours, l'écoute et le respect planent entre nous. Sur l'un des places des rues piétonnes, un concert de musique classique, je les immortalise à la sauvette en gros plans. Mes parents me paraissent sereins et beaux. Mon père choisi une gargote bavaroise, tous les deux commandent la spécialité de la maison, un plat de viande gigantesques. Le serveur s'assure à plusieurs reprises que c'est bien ce que nous désirons. On lui répond par l'affirmative, il nous rend une moue déconfite et on s'esclaffe. Quand ils nous apporte un seau à garçons en forme de bassine géante avec un regard complice et un sourire malicieux, on hurle de rire. Ce soir, un spectacle de rue propose des mimes muets, il est intitulé "statues humaines", un thème qui alimentera les discussion tardives autour d'un dernier verre dans notre appartement de luxe. Dans nos sociétés dites modernes, le jeu de rôle est un devoir, on met un masque, on donne le change, on active sans cesse des mécanismes, on est pus tout à fait humain.,.. Nous sommes tous "de belles images". Sauf qu'aujourd'hui, Brigitte, Charly et moi avons refusé la partie, nos échanges se sont déroulés dans une profonde authenticité. Un moment hors des normes en vigueurs, un cadeau inestimable, un moment de vérité qui nous rapproche. 




Joyeux anniversaire Charly!


On part en excursion en Transylvanie, sur les traces du fameux Dracula. Premier arrêt  la Résidence d'été du Souverain Carol 1er. Le Palais est niché dans des vallons verdoyant, dans la foret, au milieu des arbres et des sapins, entres des sommets montagneux. L'architecture est typique, le cadre idyllique. Clic, un cliché de carte postale! Cet aristocrate, commandant militaire parvient à unir différentes Principautés de ce coin d'Europe et  forme le premier royaume de Roumanie qui est composé en premier lieux de la Valachie et Moldavie, puis de la Transylvanie. Carole sera couronné en 1882, son règne durera jusqu'en 1914, année à laquelle il décède laissant le trône à ses descendants dont son fils adoptif Ferdianan 1er. La château n'a subit aucune modification depuis lors. Il a pourtant été utilisé comme lieu de villégiature pour les puissants pendant la période communiste avant d'être transformé en musée et ouvert au public par les descendants du Roi Carol habitants aujourd'hui un Palais au centre de la Capitale. 


Roumanie: Château du Roi Carol 1er


Seconde étape, la Château de Bran, celui dont parle la légende du célèbre vampire.  Situé sur un col, ce fut de tout temps un point de passage obligé. Cette forteresse permettait donc le contrôle des vallées adjacentes, ainsi que le prélèvement de droit de douane. En réalité le Compte Dracula, de son vrais nom Vlad III, n'aurait jamais utilisé ses canines acérées, mais dans son combat sans merci contre l'envahisseur Ottoman, il remet au goût du jour, le supplice de la mort par Empalement. Ce qui lui vaut d'être une figure pour le moins effrayante! Le surnom Dracula lui viendrait en réalité de son père qui aurait reçu du Roi d'Austro-Hongerie, la Médaille du Dragon (Dracula).


Roumanie, Château de Bran: "Château de Dracula"


Finalement nous rejoignons Bracov pour admirer l'Egise Noire, une cathédrale gothique datant de la fin du 14eme siècle. Au moment de la Reforme, elle fut utilisée par les luthériens. Il l'appelle l'Église Noire car en 1689, un incendie la détruit partiellement et marque à long terme ses murs de la suie noire dégagée par le feu.
Une longue journée de découverte dont nous rentons épuisés et ravis. Notre guide a été une perle, intarissable d'explication, d'anecdotes, s'exprimant sans craintes à propos des réalités politiques, économiques et sociales actuelles de son pays.  Je suis ravie que mes parents aient visité la campagne roumaine, ce décore qui sera mon univers au cours du mois à venir. J'ai le sentiment que l'on partage quelques chose de plus, maintenant qu'ils se représentent un peu mieux le cadre de mon quotidien cyclique.


Roumanie, Bracov: l'Église Noire (Negra Ckrva)


Le carton n'aurait pas été fouillé comme je le croyais en premier lieu. On l'aurait simplement laissé tomber et traîné négligemment ce qui a causé quelques dommages. Une journée et demi de démarches seront nécessaires à la réparation d'une potence fissurée et d'un câble de vitesse arraché. Il faut trouver des pièces de rechange, contacter un mécanicien... C'est décevant d'utiliser le temps de notre rencontre pour résoudre les problèmes techniques. Je me sens un peu dépassée par les évènements, triste et frustrée. Mon père a les mots pour me réancrer dans le réel: "la ou il n'y a rien, il n'y a pas de vie"


Le 17 juillet, fin des vacances, fin de l'idylle... La route s'ouvre à nouveau devant mes roues. Dernier verre sur une terrasse et des au revoirs troublants, intenses, touchants. A nouveau, on se quitte. Une autre séparation, le coeur est joyeux et les souvenirs sont bons. En route, à moi la Roumanie. C'est sans crainte que je démarre dans le trafic intense de la cité. Je m'extirpe de Bucharest aisément, guidée par l'instinct et la gentillesse de quelques passants. Pédale, pédale, vers l'Ouest, toujours cap Ouest. Dan un premier temps, la circulation est plutôt débridée, et puis elle se fait moins compacte, plus lente, Les veilles Dacia et les charrettes tirées par des chevaux fiers, robustes et bien portants remplacent les bolides pressés. Campagne: la plaine est striée des rivières, c'est au bord de l'une d'elles que je planterai le camps pour cette première nuit sauvage en terre  roumaine. Des jeunes se baignent non loin. les oies nagent négligemment. Je m'étends sur la berge, il n'y a aucun bruit, aucune distraction, juste le ciel et le silence. Un avion passe, je lui adresse un signe, mes yeux se brouillent, une larme coule. La joie et la peine: "Chiao vous deux, bon vent, joie et sérénité dans votre coeur. Merci, vous êtes deux Êtres d'une exceptionnelle générosité. L'image que je reflète dans vos yeux est plus belle que la réalité. C'est un miroir qui gomme toutes les imperfections, les doutes profonds, les vices, un verre tinté aux couleurs de l'amour.  Merci mes parents, merci de m'avoir faite si forte, si vulnérable, si dure et si tendre, si sensible et si sure de moi. Merci.".


Roumanie: En route!


Premier matin, j'ai presque envie de pleurer de joie. pas un bruit. Les poules ont rejoints les oies à la baignade, le vacher puis le berger passent avec les grelots de leur troupeau respectif. Un signe de tête, rien de plus: la paix, le respect mutuel, quel bonheur. Le vol fou des hirondelles qui rejoignent leur nid creusés dans le talus de terre de l'autre coté de la rive. Des ânes retardataires. Un veille homme vient se baigner, longtemps, se savonne, s'asperge, savoure la fraîcheur de l'eau, sans empressement. Le ton est donné, le rythme est lancé. Bienvenu en Europe de l'Est. Je respire, je m'ouvre, craquelle l'armure dans la quelle je m'étais enfermée, jette un oeil à l'extérieur, puis me redresse totalement. Je reprends possession de moi-même, mon corps m'appartient à nouveau, mes membres répondent à mes commandes, mes poumons de gorgent d'air à chaque goulées. Je me sens complète, entière, légère, fière, solide, un grand bonheur m'envahit. Il n'y a que le chant des oiseaux et moi, moi dans le Temps et l'Espace, libre, fluide, vivante ... au rythme de la respiration tranquille de la Nature.


Roumanie: maison campagnarde dans la plaine Sud


A travers champs, je m'évade, tournesols au kilomètre. De loi en loin, les villages, paysans, plein de clochers d'églises qu'on fréquente assidûment. On s'y rend en charrette de bois, le cheval ayant troqué son chargement de foin hebdomadaire contre une famille endimanchée. Les têtes féminines se couvrent d'un châle avant de pénétrer le lieu saint d'où s'échappe des chants adressés à tous les saints orthodoxes tapis derrière leur paravent ouvragé de fines gravures sur bois et des fumées des encensoirs. Les cloches sonnes. Certains hommes ont préféré le café aux prières, ils boivent une bières fraîche au terrasse ombragées de parasols publicitaires en attendant la fin de l'office. Les montures se reposent sous un arbre, les chars portent des plaques minéralogiques. La route est bordée d'un fossé, puis c'est une ligne d'arbres fruitiers dont chaque matin on récolte les fruits. Ensuite ce sont les bancs adossés le long des clôtures de bois des maisons qui n'ont rien à envier à celles que nous avions observées, mes parents et moi, au Musée-Village de Bucharest. Ces bancs sont occupés par les vieux, des femmes tricotent, trillent des fruits, écossent les haricots. Même les plus anciens me saluent au passage, d'un signe de main. Dans leur yeux, aucune crainte. Il a y un court éclaire de surprise mais aucun engouement irrationnel, aucun empressement curieux. Ici, je suis un humain parmi les humains. On m'accorde le droit d'être un Homme, je retrouve ma dignité, ma personnalité. Je prends de bon coeur la place qu'on me fait, merci Roumanie! Les veilles passent le Temps en regardant passer le Monde, un fichu de tissus noué autour de la tête, jupe sombre et tablier, gilet de laine. Édentées, les mains abîmées par des années de labeur, la face vermoulue de rides et creusée par le soleil, la sécheresse du vent, la rigueur de l'hiver. Une beauté rugueuse, profonde, un esthétisme aux antipodes du papier glacés des magasines et qui fascine pourtant. Des poitrines informes, gigantesque et flasques, tombant sur des ventres bombés, tendus. C'est vrais, c'est harmonieux, c'est beau!!!


Roumanie, Didesti: Travail quotidien aux champs


Roumanie, région Naida: Église Orthodoxe


Pas le temps d'arriver que je me heurte déjà à la générosité caractéristique des pays de l'Est. Silvia et son ami m'invitent pour un jus d'oranges, Lilia m'offre une douche, des habits et des victuailles lors d'un repas devant son échoppe à Dobroslovenia. Un vieux fou décide de m'escorter jusqu'à Cezieni où il prétend habiter. Une minute me suffit pour comprendre que cet homme n'est pas fréquentable. Je le congédie et m'en vais, mais il me suit, il insiste. Je demande aux habitants du bourg de m'autoriser à dormir cette nuit à l'abri de leur jardin, on m'oriente vers la police. J'explique la situation à l'agent au moment même où l'individu repasse en sens inverse. Ne me voyant pas sortir du village, il est revenu pour me débusquer. Pas de chance pour lui, l'officier l'interpelle, l'amène au poste et l'enjoint finalement de quitter la ville. Les hommes du café d'en face m'ont pris sous leur aile en attendant, le plus aviné d'entre-eux est prêt à faire la peau au trouble fête. les autres le calme en riant. On appelle Annicka, elle vit ici depuis plus de 10 ans, elle est d'origine hollandaise. Elle m'accueille au sein de sa famille. S'en suivent deux jours à la ferme, saveur de pain maison (elle tiens le fournil du village), de fromage de brebis qu'il faut traire matin et soir, légumes du jardin et bonne humeur familiale. Son maris ne parle malheureusement pas anglais, mais pour me souhaiter la bienvenue, il part au magasin de Craiova, la ville toute proche, pour acheter à mon intention, vin rouge, Emethal, Feta et Bleu d'Auvergne!!! Un festin qui se partage sur la terrasse après avoir pris soin des animaux. La discussion se poursuit tard dans la nuit: être soi, poursuivre ses rêves, les rancoeurs, les coups dures, la guerre et la folie des homme, la paix, l'amour. la vérité, la légèreté de vivre. Les photos du mariage et des naissances s'étalent entre les miettes du repas et celles de ma famille, Une rencontre pure, vrais. Je suis plongée instantanément dans l'authenticité de ce monde agricole, campagnard. 



Roumanie, Cezierni: dans la cuisine de Annika


Tataya, la grand-mère, ouvre toutes ses armoires, elle tient à me montrer sa collection de chemises brodées main, qu'elle confectionne depuis des années. Mélange de fierté et de modestie, le travail est minutieux, superbe. Elle s'installe dans sa chambre et me raconte le communisme. Après le travail à la coopérative et l'entretien du jardin familial, la queue interminable au magasin, il y a le repas frugal composé des vivres alloués par la carte de rationnement, puis les deux heures de télé-propagande et le couvre feu et souvent la pénurie d'électricité. Elle brode à la lueur d'une bougie. Elle n'a eu qu'un seul enfant, un garçon. Tant de ses amies ont eu des problèmes suite à des avortements clandestins. Une bouche de plus à nourrir n'était pas envisageable, et puis pourquoi amener un enfant dans un tel monde? Sa robe de mariée, elle l'a démantelée, il n'y avait personne pour la porter, mais aujourd'hui, il y a Ella, une petite-fille vive, douée, intelligente, charmante qui héritera des broderies qu'elle congestionne aujourd'hui encore. Tataya y tient!!!



Broderies roumaines

Costume traditionnel roumain (région sud)

Il y a aussi Camille, la marraine, elle cultive son potager 3 à 8 heurs par jour. Elle récolte fruits et légumes qu'elle réduit en sirop, en confiture, en conserve pour l'hiver. Sa cave en est pleine à craquer, ainsi que des bouteilles de vin maison, fort apprécié par Tito, son maris fraîchement revenu de 9 années de travail en Italie. Poule et cochons habitent la cours, chez Annicka, on trouve aussi les poney, âne, les moutons, et les fameuses chèvres à fromage! Merci à Annicks et famille, une rencontre qui a donné de l'eau au moulin de la réflexion quand à mes projets futurs. La vie est belle sous le soleil roumain et les dures années de communisme et le dictât du néo-capitalisme n'y change rien. Les Hommes sont ici profondément humain. 

Certain villages sont Gipsies, des camps pauvres sur devanture de maison onéreuses. Quand elles en ont les moyens, les familles donnent dans le luxe apparent. Ici les gitans ne sont pas nomades. Sédentaires, parfois nécessiteux, et toujours très fiers. Des palaces en construction jalonnent le route, murs en briques isolantes, légères comme de la plume, aucun tremblement de terre n'y résisterait, mais c'est peu coûteux, vite montré et au final, ça a belle allure. On récolte de la ferraille, se transporte tirés par des chevaux faméliques, les pouls pouilleuses donnent des oeuf, des chiens galeux et maigres zonent dans les parages... Les silhouettes sont minces, les courbes sont envoûtantes, les femmes portent des jupes longues colorées, les cheveux détachés et tomant sur les reins. Les voix rauques, éraillées appellent le chaland. Les enfants vont presque nus, le dos des hommes est musculeux. Les regards sont embrumés, hagards d'alcool, hébété de bêtise, de labeur, de chaleur, absents, provocateurs. 

Les Gipsies sont mauvaise réputation au sein de la population. Je n'en ai pas rencontré moi-même, ceux que j'ai croisé ne m'ont en effet pas inspiré beaucoup de sympathie. Ils semblerait qu'ils collectent l'argent nécessaire à leur vie "au mieux" en mendiant (ce qui parait être interdit) "au pire" en volant (ce qui l'est tout autant). Les Roumain disent: "ce n'est pas qu'on est racistes, mais on ne peut pas les employer. Un jour ils viennent et le lendemain personne. S'il y a assez d'argent pour aujourd'hui, le tzigan ne travaille pas. L'argent qu'il a, il l'investit dans l'alcool, ou une voiture onéreuse, des maisons à plusieurs étages pour étaler sa richesse, mais vit ensuite dans une cabane pouilleuse dans la cours de leur building. Les Gipsies ne nourrissent ni leur cheveux, ni leur enfants. Ils ne les envoient pas à l'école, comment veux-tu qu'ils s'intègrent ou qu'ils se cultivent? C'est impossible! Et les autorités ne font rien, elles laissent faire!  Il y a en qui habitent ce village, on a pas de problème avec eux. Mais ils vivent en marge et on se méfient toujours un peu des vols". Je ne sais pas quoi penser de tout cela. Je trouve assez séduisant l'idée de refuser d'intégrer un système normatif, qui conditionne le mode de vie, gomme les spécificités culturelles, etc... D'un autre coté, généralement parlant, je doute qu'il n'y ait ne serait-ce qu'une once de réflexion derrière la démarche (?). Les Gipsies que j'ai croisé ont très vite ternis l'image romantique qu'on se fait de cette communauté d'artistes, dansant jusqu'au matin dans une joyeuse folie, ivres de vie... Non, ce que j'ai vu avait l'air plutôt pas drôle, sale, des cris, des regards de défit, des cartons comme abris contre le soleil, une quête perpétuelle de 3 petites pièces de monnaie... Quoi qu'il en soit, les relations entre Roumains et Gipsies n'ont pas l'air tendres et les conditions de vie de ces derniers peu enviables.



Mes nuits sont sereines, perturbées seulement au petit matin par le passage d'un troupeau de moutons poussé par un berger discret. Aux pompes et aux puits des village, je puisse de l'eau, toujours potable. La vie m'apparaît comme un rayon de soleil, toujours brillant, veillant en permanence sur l'humanité. La nature est généreuse, je m'arrête pour cueillir des mures, des prunes, ramasser des pruneaux, des pommes et poires tombées. Mes sacoches déjà pleines des cadeaux reçu au passage: formage de chèvre, légumes, pain maison compacte et nourrissant, sirop, confiture... Les terrasses des bistros de campagne sont si accueillantes que je recommence à y passer du temps. Un luxe oublié, sacrifié, depuis si longtemps! Je savoure une pastèque ou une bière en compagnie des vieux, seuls résidents des zones rurale, les jeunes sont partis à la ville ou à l'étranger, où l'on gagne mieux sa vie qu'ici. Ceci n'est  pas sans poser un certain nombre de problèmes. Le salaire minimal dans le pays tourne autour de 280 Euro mensuel, et si les prix sont bas (semblables à ceux pratiqués Malaisie en ce qui concerne l'achat de denrées alimentaires), cette somme est insuffisante pour se loger, se vêtir, se chauffer, se nourrir... Les revenus complémentaires sont nécessaires: petits boulot, jardinage et pêche, échange de services, débrouille, récupération et attente des envois d'argents via Wester Union. Presque chacun rapporte un frère, un oncle, une cousine une fille ou un ami proche travaillant ailleurs: Europe de l'Ouest, USA, Canada, Nouvelle-Zélande, Australie... Aussi les familles éclatent, se dissolvent, les traditions se perdent, les savoirs-faire s'oublient. Les vieux doivent se débrouiller seuls à la ferme malgré l'âge qui avance. Les jeunes qui restent sont souvent ceux qui n'ont pas les capacités d'étudier et/ou de travailler autre chose que la terre. L'artisanat ne se transmet plus, les techniques ne s'apprennent plus, les histoires du passé ne se content plus. La vie des villages se meurt, cependant pour l'instant, en plus de quelques églises, chaque bourgade compte encore une école primaire, un bureau de poste, une épicerie, un café, un parc publique, une mairie et, ironie du sort, un commerce de prise en charge funéraire, le seul à prospérer. Les citadins rapportent de leur visites à la ferme familiale, des cageots plein de tomates juteuses, poivrons, aubergines, pommes de terre et oeufs. On compte dessus pour finir le mois en ville où les prix du logement peut engouffrer plus de la moitié du revenus. A plusieurs reprises, on me confie :"En Roumanie, on ne meurt pas de faim, mais c'est frustrant de se contenter en permanence du nécessaire, de ne pas pouvoir s'autoriser à rêver à des vacances à l'étranger, à une nouvelle voiture. C'est fatiguant de devoir toujours être attentif à la dépense. Et puis, c'est injuste, on travaille dure et 250 Euro, c'est sous payé!"


Roumanie, Tismana: ouvrières agricole


A Tismana, je souhaite visiter le Monastère. Camping dans une pépinière. Après les travaux d'arrosage les ouvrières au teint bronzé, au corps solide, souple, musclé et sensuel, à la langue bien pendue, apportent de la bière, c'est la fête. Fou rire quand les jets automatiques finalement se mettent en marche envoyant en tout sens des filets d'eau désordonnés sur fond de musique classique émanant de la radio. Cette soirée valait le détour contrairement au Monastère. Les bonnes-soeurs en noir portent un chapeau d'hôtesses de l'air, sous un voile épais qui descend jusque sur leur buste et couvant une soutane. Seul leur visage apparaît, austère, grave, blanc comme du linge. Il y en a de tous les âges qui suivent la messe à genoux ou sur de grand sièges en bois massif. On se signe, on médite, on adore, on se resigne, on écoute une lecture, on chante, une cloche retentit, on adore, on se resigne, on prie en silence, le prêtre passe avec l'encensoir, on se resigne, on allume une bougie, on rechante, on écoute une nouvelle lecture tirée d'un autre livre, on tape sur des bois un rythme fou (un grand moment de trivialité dans tout ce cirque très tatillon sur les protocoles), on se resigne, on médite, entonne un autre chants, une cloche sonne... je me tire! Je crois que j'ai eu ma dose de religion pour un moment, dorénavant j'éviterais les lieux de cultes. ces rituels si obtus, réducteurs, monotones, commencent à me donner de l'urticaire. J'abdique pour l'instant, je ne vois que peu de sens dans les pratiques religieuses ritualisées.




Roumanie, Réserve Naturelle de Domogleti

Montagnes des Carpates: les maisons deviennent plus épaisses, robustes, imposantes. Elles gardent au chaud en hiver. ici, je voudrais saluer bien bas le cartésianisme occidental. C'est certain, un ingénieur chevronné s'est inquiété du trac de la route, a pensé aux questions de pente et à la topographie. Aussi les montées s'effectuent à une allure de croisière et laisse du souffle pour regarder le paysage, qui est à le couper. Champs de paille ras, meules de foin or, superpositions de rangées de monts qui se noient dans la brume matinale. Le soir, campement au col de la Réserve Naturelle de Domogleti au pied d'une haute falaise grise. Un rapace chasse, quelques randonneurs bavardent au passage, un vacher rentrer ses bêtes. Nous sommes extraordinairement bien la Nature et moi, on passe une soirée délicieuse à la lueur du feu, à s'écouter parler et s'admirer en silence.


Roumanie, Réserve Naturelle de Domogleti: campement au col (1050m)


Roumanie, région Herculean: longue descente de gorge campagnarde

Je chante de tout mon coeur sur la descente vers Heculean. La gorge parfois resserre ses parois autour de l'eau, vendeuses paysannes de fromage et de fruits de bois au bord de la route, plus loin les gorges accueille des campeurs du dimanche venus se mettre au vert en famille. Au programme, baignade, pêche et bon repas. A la hauteur de la bourgade, il y a foule. Les sources thermales attirent les touristes, les camping sont archi-bondés. Je préfère passer mon tour. J'atteins le Danube à Orsova. Une large bande d'eau coulant vers l'Ouest, c'est aussi la ligne de démarcation entre la Roumanie et la Serbie. Je remonte le courant durant trois jours, un parcours jalonné de rencontres improbables.



Rounaie, Berzasca: Réserve Naturelle de Portile de Fier le long du Danube




Campement du soir Orsova. Nicoleas, le vacher du monastère du village m'interpelle en français. Il a travaillé en France, en Allemagne, en Italie, Hollande, Belgique, USA... Des les premiers années de Ceaușescu, pffft, il s'est barré! 34 ans qu'il n'a pas remis les pieds en ici et puis il est venu dire au revoir à sa vielle mère. Elle est morte à présent, il aimerait remettre bientôt les voiles. Ce qu'il aime Nicoleas, c'est faire des bêtises et rigoler un bon coup. Alors il me raconte des anecdotes à propos des soeurs pas toujours très catholiques, sur ses veilles copines bergères dans les montagnes, sur les chiens de la ferme d'à coté qu'il amadoue avec la nourriture de ses pic-nics. Je suis pliée en deux, n'allons pas répéter ça à la Mère Supérieur!!! Ce soir, il est penaud, il a perdu une vache, il devrait partir à sa recherche, mais il se mets à pleuvoir. On se serre l'un contre l'autre sous un arbre et on regarde la nuit tomber, comme deux coquins en école buissonnière. Nicoleas est l'une des rare personne qui ne me parle ni de danger, ni de risque, de peur, de méfiance, de mesure à prendre pour s'en prémunir... Dans sa bouche tout est merveilleux, intéressant, à découvrir... "Ohh oui!!! Il faut que tu ailles là, c'est tellement beau, c'est grand, c'est plus beaux et plus grand que plus beau!!!". Ses yeux sintillent! Merci Nicoleas, je suis profondément connectée à toi, nous sommes sur la même longueur d'onde! Un monde à dévoré, une vie à savourer langoureusement, comme une glace au chocolat,,, et si c'est les poires fraîchement cueillies de l'arbre que tu m'a rapporté du pâturage, ça va aussi! Merci Nicoleas!!!

A Dubova, j'aimerais me connecter à internet. Les pensions au bord du fleuve sont des établissements 4 étoiles, je ne peux décemment pas les fréquenter. Une conversation en anglais au bord de la route attire mon intention, peut-être cette maison en forme de bateau est-elle un café local dépourvu d'enseigne. Je me renseigne, non, c'est la maison de vacance d'un centre pour jeunes en dificulté. On m'invite à utiliser le wifi sans restriction et on me propose de rester partager le repas du soir. La chef de cuisine aujourd'hui, c'est Lilia. Elle est originaire du Royaume de Siam, elle est en visite ici. Menu Thailandais en Roumanie, au bord du Danube! A la tombée de la nuit, on embarque pour une vrais expédition fluviale: exploration du rocher gravé du visage de Décébal, le premier Empereur de la région après le retrais de l'Empire Romain. On goutte le froid d'une grotte qui  abritait au 16 ème siècle, plus de 700 soldats roumains défendant la Province contre les envahisseurs Ottomans. Une manoeuvre entre les rochers d'une caverne immergée et on rentre à la maison sous les étoiles d'un fraîche nuit. Ma chambre a une vue imprenable sur la crique, c'est inespéré, inattendu et ma fois fort agréable. Encore une fois, félicitations les jeunes. Vous travaillez très dure pour vous construire une vie paisible, pour faire face, debout, dignement et humblement, aux croche-pieds tendus par la vie. Merci à vous tous pour l'accueil, la bonne humeur et l'esprit optimiste que vous m'avez insufflé.


Roumanie, Dubova: Empreur Decebal


Puis se sera Luka, un cyclo Tchèque qui vient en sens inverse. Il est presse, a traîné dans quelques villages frontaliers, il a le temps pour un verre que je lui offre avec insistance. Ce sera deux, puis trois, puis un repas de fête dans un café-restaurant villageois. C'est la première fois que je m'offre un tel festin en terre Européenne. C'est bon et simple. On utilise que des ingrédients locaux, c'est servis avec générosité, gourmandise et bonhomie. Voila qui change des aliments industriels malaisien et les chiches portions de Thailande. On se raconte anecdotes sur anecdotes, échangeons conseils et bons plans. Une voisine nous propose d'aller nous baigner, on pousse la chance jusqu'à demander de camper. Ce sera oui, on monte le camps et on plonge à la flotte, s'aspergeant goulûment. La fraîcheur fait du bien! La voisine revient pour  nous offrir un plateau de fruits et de la liqueur de banane. Puis c'est Luka qui me surprend en sortant de ses sacs tout un assortiment de Raki (eau de vie locale) qu'il a reçu en chemin. Une soirée de dégustation donc... une soirée qui raisonne des souvenirs de voyage, la Norvege et ses fjords, les courses de chevaux et les yaks des hauts plateau tibétophones, la joie de vivre Serbe et Croate, la faune sauvage de l'Asie du Sud Est.


Roumanie, Svinita: Rencontre avec Luka, cyclo Tchèque


Finalement se sera Saurin, un être qui me touche des le premier regard sur le parking d'un magasin de Moldava Noua, les question habituelles, la tendresse protectrice d'un père en plus. Il m'invite pour le café et un repas dans la cours de sa maison. Il veut être certain que je ne manque de rien, c'est un blagueur. Il raconte à merveille, des mots vrais, simples, sans pudeur. sa femme lui manque, quatre ans de séparation pour l'argent, il va la trouver tous les trois mois pour quelques jours en Italie ou elle est aide soignante. la bas, il se sent chez lui, son coeur s'ouvre, le calme dans la tête: " mon corps se sent bien, je n'ai même plus besoin de fumer" dit-il. Ici, il s'ennuie, presque aucun client à la petite échoppe qu'il tient. Il ne peut parler a personne: "les gens du village ressassent toujours les mêmes histoires, ils sont obtus". Surin a un parcours cathodique, une enfance brisée par l'alcool de son père et la violence de son beau-père, le travail à 9-10 ans pour aider sa mère et survivre. Par son entremise, il a la nationalité serbe, pendant le communisme, ceci lui donnait un droit le passage sur la frontière, une belle opportunité, un petit commerce de produits introuvable: jeans, baskets, chocolats. Ensuite, c'est l'embargo imposé à la Yougoslavie qui a fait son affaire. Avec un bateau, il passait illégalement de l'essence en Serbie. C' était dangereux, il fallait payer l'arme, certains de ses amis se sont fait tuer par balle en jouant a ce jeu la. Puis une escale de 9 mois aux USA avec un salaire de 4000 USD mensuel, de quoi mettre de coté pour assurer les études de ses enfants. La famille c'est sacré, sa priorité, son bonheur... décidément sa femme lui manque. Alors pour compenser, il aide, il aide et fait le bien autour de lui. Il dit qu'ainsi il sent la reconnaissance et la joie des gens, ça lui procure du bonheur: "tout tourne, tu reçois ce que tu donnes". Surin, profondément émouvant: simplement être une bonne personne.


Roumanie<Socol: Campement dans les champs de mails



Ce matin, je passerais la frontière, à la hauteur de Naidas, j'ai toutefois le temps de boire un café qu'un homme assis au soleil sur le banc devant sa maison, m'offre, La Roumanie aura été comme ce café, chaude et sucrée, pleine d'arômes. Et comme cette offrande, elle aura été généreuse, spontanée, pleine, entière et vraie, pure, belle, tranquille. C'est en chantant que je parcours les dernières kilomètres entre les champs de blé fauchés et la rivière qui s'écoule lentement, les vallonnement jaunes plantés ça et la d'arbres verts profonds, le bleu du ciel sans nuage. Accompagnée par le sifflement joyeux des oiseaux et les éternuements des troupeaux de moutons guidés pas un berger qui rappelle son chien qui aboit, les clochettes des chèvres qui grimpent aux arbustes pour les dévorer.. Merci Roumanie, j'ai été heureuse de te rencontrer, c'est presque certain, on se reverra. Il y a encore tant de recoins à découvrir et tant de lieux connus ou revenir se rappeler de beaux souvenir!


Roumanie, Moldova Noua: vieux berger